B+T Group dfend un modle sans subvention


Le groupe allemand B+T s’apprte mettre en service en Alsace une unit de valorisation de combustibles solides de rcupration de 80 MW. Fait rare : le projet est mont sans aide publique. Explications.

Le groupe allemand B+T Group est sur le point de lancer les premiers essais d’une installation de combustion de combustibles solides de rcupration (CSR) dans la banlieue de Mulhouse (Haut-Rhin). Il s’agira de la troisime unit CSR franaise, aprs celle de 15mgawatts (MW) inaugure par Sch Environnement en 2017 Chang (Mayenne) et celle de 22MW mise en service par le papetier Blue Paper en 2019 Strasbourg (Bas-Rhin). La future unit, qui entrera en phase d’essais en aot pour une mise en service annonce en dcembre, sera de loin la plus importante de France avec un capacit de 80 MW thermiques.

Surtout, l’investissement de 120 millions d’euros a t ralis hors appel projets de l’Agence de la transition cologique (Ademe). L’occasion pour le directeur gnral de B+T Group France de mettre en avant plusieurs aspects du modle conomique qui permettent d’atteindre la rentabilit sans aide publique. L’accs aux aides est long et complexe, explique Jean-Luc Weber, nous n’avons pas t retenus, alors nous avons prfr travailler sur un projet rentable par lui-mme et qui avance rapidement. Et d’expliquer que l’installation est suivie de prs par d’autres industriels qui envisagent de contracter avec l’entreprise qu’il dirige.

Valoriser des dchets d’activit conomique

L’investissement de B+T Group, qui dispose dj de huit centres de prparation de combustibles et de cinq units de production nergtique, se dcompose en deux parties. Cinq millions d’euros sont consacrs la construction d’uneusine de prparation de CSR Pfastatt et 115millions d’euros l’unit de valorisation nergtique (UVE) Chalamp.

L’usine CSR est ralise en partenariat avec le groupe strasbourgeois Schroll spcialis dans la collecte de dchets. Elle peut traiter 100000tonnes de dchets activit conomique (DAE) par an, ce qui la place parmi les plus importantes en France.

Quant l’unit de combustion, elle est implante sur le site d’Alsachimie. Elle brlera chaque anne jusqu’ 200000tonnes de DAE et de CSR, dont les 100000 tonnes produites Pfastatt. Le solde sera compos de dchets de papeterie et de CSR produits par sur d’autres plateformes. L’installation pourra aussi accueillir des ordures mnagres lorsque l’incinrateur de la collectivit sera en maintenance (l’installation a un double enregistrement ICPE : 2971 pour la valorisation des CSR et 2771 pour l’incinration des dchets non dangereux).

Indexer la vapeur sur le gaz et rduire la facture CO2

L’objectif est de valoriser des dchets non recyclables qui, aujourd’hui, sont enfouis. La vapeur sera intgralement vendue Alsachimie. Le contrat court sur 15ans et impose au producteur de polyamide d’acheter l’intgralit de la vapeur produite. B+T Group doit pour sa part cder toute sa production et assumer ( sa charge) l’approvisionnement en cas de rupture d’approvisionnement. Le contrat, qui porte sur 600gigawattheures (GWh), a t ngoci en indexant le prix de la vapeur sur les cours du gaz naturel, avec un prix plancher et plafond. Point important: le contrat a t ngoci en 2020, alors que le prix du gaz tait bien plus bas, explique Jean-Luc Weber.

Autre cl du succs: la simplicit des procds employs. Ici, pas de CSR broys finement pour atteindre la qualit cimentire . Le combustible est essentiellement compos de DAE tris. Dans les grandes lignes, la prparation du CSR se rduit trois tapes: un tri pour retirer les matires recyclables et les plastiques; une sparation pour ne retenir que les lourds (les lgers tant destins aux cimenteries); et un broyage grossier. Au-del de la simplicit, un des intrts de cette prparation est de rduire la part du plastique, ce qui allge la facture associe aux missions de carbone. En effet, l’UVE est soumise aux quotas de CO2 et l’essentiel des missions sont dues au plastique. Le gain est loin d’tre ngligeable avec un prix du carbone qui oscille entre 70 et prs de 100euros par tonne depuis le dbut de l’anne.

Estimer la valeur des dchets non recyclables

Cette prparation a aussi un impact sur la conception de l’UVE. Celle-ci ne diffre pas beaucoup des installations classiques. Elle peut, par exemple, recevoir certains dchets d’une taille de quelques dizaines de centimtres. Elle a principalement t adapte au haut pouvoir calorifique des dchets brls: l’alimentation en air du four a t augmente de 50% et la distribution de l’air mieux rpartie pour assurer une bonne combustion.

Enfin, un autre point cl du dispositif est le prix de cession des CSR de la filiale qui les produits (B+T Recyclage) vers celle qui gre l’UVE (B+T nergie). Bien sr, ce prix n’est pas public, mais il joue un rle important. Comment donner un prix au CSR? Pour Jean-Luc Weber, il faut tenir compte du cot de traitement alternatif. En l’occurrence, il explique que le cot d’enfouissement des dchets est de l’ordre de 100euros par tonne, un niveau qui, de fait, donne de la valeur la valorisation nergtique.

Paradoxalement, c’est cet lment qui a jou un rle cl dans l’absence de subvention. Le projet n’a pas t retenu par l’Ademe parce qu’il tait bas sur un prix de session de l’ordre de 90euros la tonne, une poque o le prix retenu par l’Agence tait de 15euros par tonnes.





Article publi le 29 juillet 2022



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