Gaz effet de serre des services eau et assainissement: quels leviers pour l’attnuation?


Si les services eau et assainissement reprsentent une faible part des missions de gaz effet de serre, les enjeux climatiques imposent d’laborer des stratgies de rduction. Le Partenariat franais pour l’eau liste les leviers dans un nouveau rapport.

Comment faciliter la mise en œuvre de stratgies d’attnuation du changement climatique dans les services d’eau et d’assainissement? C’est tout l’objectif d’un rapport port par le Partenariat franais de l’eau et l’Association internationale de l’eau (Iwa) et prsent l’occasion du Carrefour des gestions locales de l’eau (CGLE), mercredi 29juin Rennes. Le document dresse un inventaire des leviers actionner et des solutions dj adoptes par des oprateurs franais.

Car, pour l’instant, les mesures d’attnuation dans le secteur restent timides. Le secteur de l’eau et de l’assainissement est relativement peu structur en termes d’approche bas carbone. Depuis peu, les missions de gaz effet de serre commencent tre mesures, mais avec une mthode souvent diffrente d’une collectivit l’autre ou d’un pays l’autre, note Corinne Trommsdorff, une des coordinatrices du rapport, prsidente de l’organisation Water Cities. Pourtant, avec le changement climatique, il existe un risque d’augmentation significative des consommations d’nergie, mais galement des missions de gaz effet de serre.

Une consommation d’nergie en hausse

Le rapport rappelle que du fait du rchauffement climatique et l’augmentation du stress hydrique, la consommation d’nergie dans le secteur de l’eau pourrait doubler d’ici 2040. Cette tendance s’explique en partie par l’augmentation [du recours au] dessalement et des transferts d’eau, mais aussi par la croissance dmographique et l’urbanisation, qui vont accrotre la consommation nergtique des usines de traitement, prcise le document.

 

Le secteur de l’eau et de l’assainissement est relativement peu structur en termes d’approche bas carbone.
 

Corinne Trommsdorff, Water Cities

 

l’chelle mondiale, en 2014, le secteur de l’eau reprsentait 4% de la consommation mondiale d’lectricit. Dans cette part, le prlvement de l’eau arrive en tte (40% de l’lectricit consomme). Ensuite 25% servent traiter les eaux uses, 20% assurer la distribution de l’eau et 5% dessaler l’eau de mer. Dans les pays hauts revenus, c’est toutefois le traitement des eaux uses qui serait le plus gros consommateur (42%). C’est notamment le cas de la France. Entre 30 et 55% de la consommation d’nergie des services publics d’eau et d’assainissement concernent l’assainissement, prcise le rapport. Et 90% de cette dpense nergtique est lie au traitement des eaux uses urbaines (et au traitement des sous-produits pour leur rutilisation), poste le plus consommateur d’nergie. L’aration des eaux uses dans les usines reprsente une consommation d’nergie leve, atteignant en moyenne 0,2kWh/m3.

Une part des missions de GES des villes

Et de cette consommation d’nergie si elle est carbone rsultent des missions de gaz effet de serre. celles-ci s’ajoutent le mthane et le protoxyde d’azote mis lors du traitement des eaux uses. Mais galement celles lies la construction d’infrastructures, l’utilisation de produits chimiques, aux rejets dans les eaux de surface ou encore au compostage, l’pandage des boues, etc. Selon des estimations ad hoc du secteur, les missions des services d’eau et d’assainissement reprsentent entre 3 et 7% des missions de GES des villes, situe le rapport.

Les auteurs appellent donc les services suivre leur contribution. Comme des investissements massifs en infrastructures sont attendus dans les dix prochaines annes (), il est essentiel que ces services commencent mesurer leurs missions de GES (ou envisagent des technologies bas carbone ou moins nergivores pour leurs nouvelles infrastructures), et soient en mesure de dmontrer en quoi les investissements raliss contribuent rduire et minimiser les missions mondiales de GES, dveloppent-ils. Au-del de la contribution apporte l’atteinte des objectifs nationaux, la capacit des services d’eau et d’assainissement mesurer, surveiller et dclarer leurs missions peut galement leur ouvrir les portes de la « finance verte ». Ainsi l’entreprise franaise Saur a mis, en septembre2021, sur des obligations RSE pour financer une partie de ses activits. Les services d’eau et d’assainissement sont reconnus comme trs stables, mais ne garantissent qu’un faible revenu. Le fait de pouvoir justifier d’une action environnemen-tale positive leur permet de trouver plus facilement des investisseurs prts acheter leurs obligations, avance Corinne Trommsdorff.

Actionner les leviers de la sobrit

Pour agir, les auteurs du rapport ont identifi trois types de leviers. Tout d’abord, ils misent sur la sobrit, notamment grce une rduction des pertes en eau potable et des infiltrations d’eaux souterraines parasites ou des eaux de pluie. Ils prconisent galement des investissements dans du matriel pour, entre autres, amliorer le rendement des moteurs et des pompes, mais galement dans l’optimisation des traitements d’eau potable comme d’assainissement. La station d’puration de l’agglomration grenobloise (Grenoble-Alpes-Mtropole) a, par exemple, supprimé l’utilisation de ractifs dans son bassin de dcantation lamellaire en introduisant des amliorations hydrauliques physiques, illustre le rapport.

Autre possibilit d’action: une amlioration de la surveillance des rejets industriels dans les rseaux d’eaux uses, mais galement veiller au mode de transport du personnel ou des approvisionnements. Le rapport pointe galement les apports de l’infiltration des eaux pluviales. Au-del des conomies d’nergie ralises, ces mthodes alternatives de gestion des eaux de pluie permettent galement de squestrer de petites quantits de carbone au niveau de la vgtation et des sols, sans qu’il soit possible de les quantifier prcisment à ce stade, indique-t-il. La protection de la qualit des ressources en eau potable rduit galement les besoins de traitement, les consommations d’nergie, mais vite aussi les transports d’eau sur de longues distances.

Mettre en œuvre l’conomie circulaire

Second levier identifi: l’conomie circulaire, avec notamment le recyclage de matires issues des eaux uses. Les exemples sont varis: rutilisation des eaux uses traites, des eaux de pluie, utilisation de l’azote et du phosphore extraits des eaux uses en remplacement des engrais classiques, production de bioplastiques partir des eaux uses ou encore pandage des boues d’puration. Le compostage des boues reste toutefois limité en France en raison du manque d’acceptabilit sociale et des obstacles rglementaires au mlange de diffrents types de flux de dchets, modre toutefois le rapport. En outre, l’pandage des boues fait actuellement l’objet d’tudes relatives aux microplastiques et aux substances per- et polyfluoroalkylées (PFAS) contenues dans les eaux uses affluentes.

Le rapport souligne galement l’intrt de la production d’nergies renouvelables par les services d’eau et d’assainissement: installation de panneaux photovoltaques sur les btiments, rcupration de la chaleur des eaux uses, installation de microturbines dans les rseaux ou valorisation des nergies des boues d’puration. Dans le cas du projet Comtha, dvelopp dans le cadre d’un partenariat entre les services des eaux uses et des dchets solides de la Mtropole du Grand-Paris, les boues digres sont transformes au moyen de traitements thermiques (pyrolyse, gazification, carbonisation, etc.) afin de valoriser l’nergie, dcrit le rapport. Ces procds permettent, sous l’action de la chaleur et/ou de la pression, et dans un environnement atmosphre contrle, de transformer une partie des boues digres en syngaz, un mlange gazeux compos essentiellement d’azote, de dioxyde de carbone, de monoxyde de carbone, de mthane et d’hydrogne. Ce gaz de synthse peut tre stock, utilis pour produire de la chaleur ou transform en biogaz par mthanisation.

Se positionner de faon stratgique

Le rapport souligne aussi l’importance de permettre l’appropriation des enjeux lis la gestion de l’eau grce une formation du personnel et une sensibilisation de la population. Il recommande de faciliter l’accs aux informations scientifiques pour alimenter les processus dcisionnels locaux des parties prenantes. il pointe, en outre, l’intrt de recourir aux nergies vertes ou des matriaux plus responsables, par exemple en remplaant le charbon actif par des fibres de coco, comme l’envisage Eau de Paris pour rduire les missions de sa chane d’approvisionnement. Le calculateur de carbone dvelopp par les autorits locales de Seine-Saint-Denis permet d’valuer l’effet des travaux publics sur les missions de GES et d’adapter les mthodes de construction et le choix des matriaux de faon à rduire les impacts des nouvelles constructions ou des rhabilitations , note galement le rapport. Autant de pistes d’action gnraliser.











Article publi le 29 juin 2022



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