Pour le Snat, la France doit imprativement dvelopper ses connaissances sur les grands fonds marins


Alors que la perspective d’exploiter les grands fonds marins aiguisent les apptits des tats, le Snat publie les conclusions de sa mission sur le sujet. Celle-ci prconise de concilier prudence, clart et proactivit.

Quelle stratgie adopter en France, dans le domaine de l’exploration, de la protection et de l’exploitation des grands fonds marins? Aprs cinq mois de travaux, d’auditions et de voyages d’tudes sur ce sujet, la mission d’information had hoc du Snat a rendu ses conclusions, trs mesures, mardi 21juin. Alors que les pressions s’accentuent sur les pouvoirs publics en faveur d’une exploitation des ressources minires des sous-sols en haute mer, les parlementaires avancent, en effet, sur ce terrain sensible avec une extrme prudence.

Au vu des connaissances actuelles sur ces espaces, ou plutt des mconnaissances , prcise Teva Rohfritsch, snateur de la Polynsie franaise et rapporteur de cette tude, les parlementaires estiment largement prmatur de se prononcer sur la pertinence d’une quelconque exploration, et a fortiori d’une exploitation, de ces milieux. Une position pas si loigne qu’il n’y parait du moratoire sur les permis d’exploiter rclam par l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN), en septembre dernier, et rejet par la France. Certains lus des les du Pacifique, des parlementaires europens et des associations, comme Greenpeace, comptent toutefois encore le relayer, lors de la prochaine confrence des Nations Unies sur les ocans, ce lundi 27juin, Lisbonne.

Mobiliser les moyens de la connaissance

 

Un milliard de kilomtres cubes concerns
Cre en 2015 par des partenaires institutionnels, des organismes scientifiques et des ONG, la Fondation de la mer a galement publi une tude sur les fonds marins, dbut juin. Cet espace reprsente 75% du volume des ocans et constitue 88% du plancher ocanique, soit une surface totale estime 320millions de kilomtres carrs, dtaille ce rapport. Le volume total d’eau situe dans cette zone atteindrait 1 milliard de kilomtres cubes. Une aire que la Fondation recommande de sanctuariser en partie, en protgeant certains primtres de toute intervention humaine.

 

Mais la circonspection n’implique pas pour autant l’inaction, prviennent les snateurs. Pour ces derniers, afin de mesurer les risques et les impacts d’ventuelles incursions en profondeur, la France se doit au contraire de dvelopper imprativement  ses connaissances. La description des grands fonds marins a progress au cours des dernires dcennies, mais l’inventaire de sa biodiversit ne fait que commencer. Nous dcouvrons de nombreuses espces chaque plonge, constate Teva Rohfritsch. La comprhension des interactions entre les cosystmes et sur le rle de ces grands fonds sur les systmes ocaniques et climatiques de la plante tout entire dbute aussi. Selon la Fondation de la mer, ces espaces absorberaient 43% de l’excs de chaleur produit par l’effet de serre

Pour mener les travaux ncessaires au dveloppement des savoirs, la mission prconise de concrtiser en cinq ans le projet de dmonstrateur destin mesurer les impacts environnementaux de l’extraction minire. Annonc en mai2021, celui-ci est encore dans les limbes. Une fois les tests mens, les snateurs proposent de runir l’ensemble des parties prenantes afin d’examiner l’opportunit de poursuivre ou non l’objectif d’une exploration des fins d’exploitation industrielle. Et d’en dterminer, le cas chant, les conditions techniques, le cadre juridique et les diffrentes tapes.

Associer un plus grand nombre d’acteurs

 

Pour mener bien ce travail de manire fiable et crdible, il faudra plusieurs annes
 

Franois Chartier, Greenpeace

 

Pour mener bien ce travail de manire fiable et crdible, il faudra plusieurs annes , analyse Franois Chartier, charg de campagne ocan chez Greenpeace. En attendant, le rapport suggre d’instaurer un conseil scientifique runissant l’ensemble des disciplines concernes par la comprhension des grands fonds marins, de renforcer les moyens humains et financiers de l’Ifremer et de l’Office franais de la biodiversit (OFB) et de crer un ple d’excellence, associant acteurs civils et militaires, publics et privs, acadmiques et industriels. Nous disposons d’une recherche scientifique de pointe, reconnue l’international , souligne Teva Rohfritsch. Mais la conservation de cette position passera par la structuration du tissu industriel, grce la commande publique, jugent les snateurs.

Ces derniers insistent aussi sur la ncessit d’associer plus troitement les citoyens et les lus, notamment ceux des outre-mer, particulirement concerns, aux dbats, aux dcisions et au pilotage de la stratgie. Avec 9,5millions de kilomtres carrs situs sous 1000mtres de profondeur, la France possde la plus vaste zone conomique exclusive (ZEE) en zone de grands fonds marins dans le monde. La question concerne donc tout un chacun, estime la mission, notamment les habitants des rgions marques par un environnement maritime qui subissent dj de plein fouet le rchauffement climatique. Or, les pouvoirs publics ont d’ores et dj inscrit, sans aucune concertation, l’exploration et l’exploitation des grands fonds marins dans le plan de relance France2030, puis dans la stratgie franaise pour les grands fonds, publie en janvier dernier, qui sera vraisemblablement dote d’un financement de quelque 600millions d’euros. D’ores et dj, un comit de pilotage a t install en fvrier, tout comme a t act le lancement de plusieurs missions d’exploration ().

Revoir la gouvernance

Le rapport suggre notamment d’imposer un dbat parlementaire transparent, aprs consultation des collectivits, pour toute ouverture d’exploitation minire. Une bonne occasion, pour Franois Chartier, d’engager une salutaire rflexion de fond sur nos besoins rels, en matire de terres rares ou de cobalt, sur la ncessit de dvelopper l’conomie circulaire et de favoriser la sobrit. Pour mieux incarner le dbat et lui donner plus de clart, la mission d’information recommande, par ailleurs, de nommer un dlgu interministriel aux Fonds marins, plac auprs du Premier ministre, et de reconstituer un ministre de la Mer de plein exercice. Mais il milite galement pour la nomination d’un dput et d’un snateur reprsentant les outre-mer au sein du comit de pilotage de la stratgie.

En parallle, l’Autorit internationale des fonds marins (AIMF), seule habilite dlivrer les autorisations d’exploration, pourrait tre accompagne pour l’aider dvelopper une vritable expertise scientifique et raliser des contrles efficients . Une formule polie pour rclamer, l’instar de Greenpeace, une rforme de cette manation des Nations unies, dont le fonctionnement est jug particulirement opaque. Cette rforme figure dj dans sa propre convention et doit avoir lieu cette anne, observe Franois Chartier. Mais l’accs aux dbats est rendu trs difficile aux observateurs et aux dlgus des pays. L encore, la prochaine confrence de Lisbonne pourrait permettre de remettre le sujet sous les feux de l’actualit, tout comme celui de la rforme du Code minier. L’enjeu est d’autant plus important, relve la mission, que les fonds marins font l’objet de convoitises peine voiles de la part de la plupart des puissances mondiales , notamment des tats-Unis, de la Chine et de l’Inde, qui ne s’embarrasseront probablement pas des mmes proccupations environnementales que la France.







Article publi le 27 juin 2022



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