alerte sur les besoins en matires critiques


Faute d’acclrer la transition vers une conomie plus circulaire, la France sera confronte une explosion de ses besoins en ressources critiques, prvient une tude de Capgemini Invent pour l’Institut national de l’conomie circulaire.

Les contraintes qui psent sur les ressources minrales et naturelles sont un angle mort de la Stratgie nationale bas carbone (SNBC), explique en substance l’Institut national de l’conomie circulaire (Inec), qui publie, ce jeudi 9juin, une tude sur le sujet ralise par Capgemini Invent. Si la France n’acclre pas sa transition vers une conomie circulaire, les besoins en matires critiques pourraient tre multiplis par seize d’ici 2050, explique Alain Chardon. C’est un vritable mur qui se dresse sur le chemin de la dcarbonation, prvient le directeur charg des nouvelles plateformes chez Capgemini Invent, plaidant pour plus de sobrit et de circularit.

Une approche globale

Aujourd’hui, les besoins en matires minrales et en mtaux associs la transition nergtique sont luds. Il s’agit tout au plus d’un des points de vigilance voqus en marge de la SNBC. Bien sr, des tudes existent, mais elles sont limites des domaines prcis, comme l’lectrification du parc automobile, le dploiement des solutions hydrogne ou une source d’nergie renouvelable particulire. Surtout, elles traitent des volumes de matires ncessaires et des cots associs, mais pas de leur criticit.

Pour son tude, Capgemini Invent a pris en compte trois blocs: l’lectrification et le dveloppement de solutions hydrogne; la chaleur et la valorisation de la biomasse; la construction. Au total, quinze domaines sont couverts, allant de la mobilit lectrique la construction et la rnovation, en passant par les diffrents modes de production et de distribution de l’nergie. Sur cette base, quatorze ressources critiques sont identifies. On y retrouve certaines dj bien connues, comme le lithium, les terres rares ou le cobalt, mais aussi d’autres moins attendues, comme l’aluminium, l’acier et les dchets urbains et industriels. Cette liste n’est pas forcment exhaustive, mais elle doit permettre d’engager le dbat, explique Alain Chardon. Il espre surtout que le sujet sera mieux pris en compte lors dans la troisime SNBC, qui doit tre adopte d’ici 2024.

La criticit change tout

Les besoins en matires sont ensuite dtermins selon les tonnages, le cot associ et une valeur qui intgre la criticit. Cette dernire est value sur la base des rserves disponibles, de la concentration du march, de la substituabilit, de la recyclabilit, de la concurrence des usages et des impacts environnementaux et sociaux.

Premier constat, en termes de poids, le bton reprsente la quasi-totalit des 52millions de tonnes de matires ncessaires chaque anne la mise en uvre de la SNBC. Et il reprsente encore la moiti des 5milliards d’euros de la facture annuelle. En revanche, si l’on intgre la criticit, le cuivre prend le dessus (environ un tiers des 47milliards d’euros de valeur ainsi corrige). Son importance stratgique est une petite surprise qui s’explique par une criticit moyenne, mais des besoins considrables, selon Alain Chardon.

De la mme manire, s’agissant des domaines, le btiment neuf concentre les besoins exprims en tonnages, alors que si l’on tient compte de la criticit, les vhicules lectriques (environ 60% des besoins pondrs), le photovoltaque et les pompes chaleur prennent largement le dessus. La place des vhicules lectriques s’explique par la combinaison du poids des voitures (1,5tonne), la taille du parc (40millions d’units) et le rythme de renouvellement (une quinzaine d’annes).

De grands carts selon les technologies

 

Les technologies les plus « simples » tirent avantage de leur sobrit en ressources rares
 

Alain Chardon, Capgemini Invent

 

Ces travaux permettent aussi de classer les nergies selon leur cot pondr par kilowattheure (kWh), les vhicules selon le cot pondr par kilomtre et la construction selon le cot pondr par mtre carr. Dans les grandes lignes, les solutions les plus prouves tirent largement leur pingle du jeu. Les rseaux de chaleur, le biogaz et le nuclaire sont bien moins gourmands en matires critiques que la production d’hydrogne partir de photovoltaque ou mme le photovoltaque seul. En matire de transports, la comparaison est largement en faveur du vhicule thermique au gaz, au dtriment de la voiture lectrique. Et, sans surprise, la rnovation est bien plus conome que la construction.

chaque fois, les carts sont considrables. Les besoins des technologies les moins conomes en ressources rares sont cinq fois plus importants pour les voitures, plusieurs dizaines de fois pour les nergies et plusieurs centaines de fois pour le btiment. Les technologies les plus « simples » tirent avantage de leur sobrit en ressources rares, rsume Alain Chardon, prcisant qu’indirectement, le low tech est un des sujets de l’tude. De mme, le caractre diffus de certaines sources d’nergie joue plein. Un rsultat inattendu est, au-del des besoins en mtaux rares, l’importance du bton consomm par le photovoltaque, par rapport d’autres sources d’nergie.

Multiplier les leviers pour rduire les besoins en ressources

S’appuyant sur ces rsultats, l’tude value les besoins en matires critiques de la SNBC sur la base du scnario actuel et sur la base d’un scnario alternatif circulaire. Avec les politiques actuelles, les besoins en mtaux et en minraux seront multiplis, d’ici 2050, par trois en tonnages, par dix en valeur et par seize en valeur pondre de la criticit.

Le scnario alternatif, construit autour de stratgies de rduction, de remploi et de recyclage, permet de rduire sensiblement ces besoins. Par exemple, les besoins exprims en valeur critique ne sont multiplis que par quatre. Comment arriver ce rsultat? D’abord, grce la sobrit, qui permet de rduire de 37% les besoins en criticit. Le scnario propose aussi de mieux quilibrer les modes de production nergtique en tenant compte de leurs besoins en matires. Le remploi et le recyclage y contribuent aussi grandement: le scnarioB plaide notamment pour une multiplication par dix des tonnages recycls, ce qui correspond une multiplication par soixante-quinze si l’on tient compte de la criticit. De mme, ce scnario dfend un recours accru la biomasse et mise sur une valorisation de 96% de celle disponible (c’est–dire en prservant le puits de carbone).



Article publi le 09 juin 2022



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