un milieu et des conséquences méconnus


Si les milieux naturels d’altitude sont perçus comme préservés, les impacts du changement climatique seront particulièrement marqués sur ces territoires. Des scientifiques tentent d’en mieux comprendre les effets pour identifier des leviers d’action.

Si la fonte des glaciers des Alpes françaises est malheureusement bien connue, les conséquences sur les écosystèmes comme sur la ressource en eau restent, en revanche, mal comprises. « Les milieux d’altitude, les têtes de bassins versants sont alimentés par des glaciers et nous avons tendance à considérer qu’ils sont faiblement soumis à pression, a souligné Thomas Pelte, expert en gestion quantitative et changement climatique à l’agence de l’eau Rhône-Méditerranée-Corse (RMC), lors d’un atelier de la Zone atelier du bassin du Rhône (Zabr). Mais ce sont des milieux que nous appréhendons mal avec nos indicateurs standards. »

Un milieu complexe…

Les réseaux hydrographiques montagnards s’avèrent, en effet, très complexes et d’une forte hétérogénéité. Les cours d’eau peuvent être alimentés par la fonte des glaciers, mais également par la neige, la pluie ou les eaux souterraines. Finalement, les conditions environnementales sont particulières et la biodiversité locale singulière.

 

Nous essayons de faire comprendre aux acteurs du territoire que ces zones ont une importance pour les milieux plus bas, dans la vallée
 

Vincent Augé, Parc national de la Vanoise

 

Le manque de connaissances empêche la modélisation de ces systèmes qui permettrait, en particulier, de prévoir la réponse de la biodiversité aux différentes pressions. La plus intuitive étant la tension sur la ressource en eau liée, notamment, à une demande importante pour l’eau potable et la neige de culture dans les stations de ski. « Nous essayons de faire comprendre aux acteurs du territoire que ces zones ont une importance pour les milieux plus bas, dans la vallée, a pointé Vincent Augé, gestionnaire de zones de hautes altitudes pour le Parc national de la Vanoise. Pour la plupart des personnes, les parcs naturels sont protégés, mais même là, des pressions existent, comme l’hydroélectricité installée antérieurement à la création du parc, le pastoralisme ou encore l’alimentation domestique pour les chalets. »

… potentiellement très exposé au changement climatique

Autre enjeu : le changement climatique. Les projections montrent que, pour l’essentiel, les glaciers alpins vont disparaître et que la couverture neigeuse va diminuer. Ce phénomène, couplé à la hausse des températures, risquent de perturber l’équilibre des écosystèmes. « En montagne, le réchauffement sera plus marqué qu’ailleurs : les écosystèmes seront soumis à des variations plus fortes. Ceci implique la réalisation d’un zoom particulier dans la stratégie d’adaptation alors, qu’aujourd’hui, nous sommes limités en termes de compréhension des processus », indique Thomas Pelte.

Des scientifiques ont donc souhaité étudier les conséquences de la fonte des glaciers des Alpes françaises à travers l’exemple du bassin versant de la rivière Arvan dans lequel se trouve le glacier de Saint-Sorlin (Auvergne-Rhône-Alpes).

Le bassin de l’Arvan : candidat idéal

Le bassin de l’Arvan dispose d’un certain nombre d’atouts pour cela. Une première base de données de suivi est, en outre, disponible. L’Irstea s’intéresse en effet depuis une dizaine d’années aux sédiments liés à la fonte nivo-glaciaire ainsi qu’au débit observé à Saint-Jean-d’Arves et à Saint-Jean-de-Maurienne. Par ailleurs, quatre stations de Météo-France mesurent la température de l’air ainsi que les précipitations. Le glacier de Saint-Sorlin est, quant à lui, étudié depuis plus de cinquante ans par le service national d’observation Glacioclim.

Dans le cadre du projet Arvan, les scientifiques ont estimé les prélèvements et les ressources en eau du bassin. Avec près de 540 920 m3 disponibles par an, les principaux usages identifiés sont la production de la neige de culture (66 %) puis, à un moindre niveau, celle d’eau potable (29 %). Cet usage majoritaire n’est pas sans effet sur le milieu : « L’eau de fonte n’est pas restituée à la même époque que le cycle naturel et ceci a un effet sur les espèces qui voient également un décalage sur leur cycle de vie », a expliqué Sophie Cauvy-Fraunié. Autre conséquence : la perte d’eau pour l’aval. « Une partie de la neige ne se transforme pas en eau de fonte, mais en sublimation dans l’atmosphère, engendrant un delta négatif pour le bassin versant », a pointé Vincent Augé.

Si la disparition des glaciers est annoncée depuis longtemps – avec par exemple la fonte totale du glacier de Sarenne (Alpe-d’Huez, Isère) estimée d’ici quatre à cinq ans seulement –, ces données semblent partiellement prises en compte. « Il ne reste plus beaucoup de temps au glacier de Saint-Sorlin, a souligné Sophie Cauvy-Fraunié, chargée de recherche au Centre Inrae Lyon-Grenoble Auvergne-Rhône-Alpes et responsable scientifique du projet Arvan. Depuis le début de l’étude, en 2018, nous avons vu la construction ou le lancement des projets de trois centrales hydroélectriques. Je ne sais pas si les exploitants prennent en compte que le glacier va prochainement disparaître. »

Une base de données des macroinvertébrés

Et ces disparitions perturbent l’équilibre des milieux. « En Vanoise, nous suivons cinq lacs d’altitude, a complété Vincent Augé, notamment dans le parc national de la Vanoise. Le lac de l’Arpont, dont les eaux sont normalement comprises entre 4 et 5 °C, a vu celles-ci atteindre 10 à 12 °C, car il n’est plus directement alimenté par la fonte des glaciers – avec forcément un impact sur les communautés. » Avant lui, le lac blanc du Carro avait également subi la même déconnexion à la suite de la quasi-disparition du glacier de Derrière-les-lacs.

Le projet Arvan s’est également penché sur les organismes présents dans les cours d’eau. Les scientifiques ont pu constituer une base de données des communautés de macroinvertébrés aquatiques (plus de 187 taxons). « À l’échelle du bassin versant, nous avons constaté l’hétérogénéité des communautés d’espèces d’invertébrés et la différence forte entre les rivières glacières », a indiqué Sophie Cauvy-Fraunié. Les scientifiques ont aussi déterminé les relations entre les habitats et les organismes. Ils ont montré que la faune propre au milieu peut être influencée par des changements de turbidité, un fort débit estival ou la température.

Ce premier pas dans la connaissance est capital. Ces données permettront, en effet, d’identifier ce qu’il faut considérer pour évaluer la qualité de l’habitat des cours d’eau de montagne. Et à plus long terme, de proposer des leviers d’action pour limiter la dégradation des écosystèmes aquatiques et les services écosystémiques associés.











Article publié le 31 mai 2022



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