Pourquoi la rglementation europenne n’empche pas la vente de 55 pesticides trs dangereux


En dpit du principe de substitution mis en place par l’Europe, cens faire disparatre les substances les plus toxiques du march, 55 d’entre elles sont toujours en vente. Les explications du rseau d’ONG Pan Europe.

Afin de favoriser la disparition progressive, sur son territoire, des pesticides les plus nocifs, l’Europe s’est dote d’un arsenal rglementaire (CE n1107/2009), ds 2009. Premire tape de ce changement: la dsignation en tant que candidats la substitution de produits considrs comme particulirement dangereux pour la sant humaine et/ou l’environnement en raison de leur niveau de sret trs bas, mais aussi de leur impact en termes de pollution des sols, de toxicit pour les milieux aquatiques, de perturbations endocriniennes ou de risques pour la reproduction. Ces substances ne peuvent thoriquement pas tre homologues plus de sept ans. Mais surtout, pour toute demande d’autorisation de vente d’un produit fabriqu partir de ces molcules, chaque tat se trouve dans l’obligation de chercher, d’abord, remplacer cette substance par une autre ou par une mthode prventive. Ce principe de substitution contraint ainsi les pouvoirs publics mener une valuation comparative et limiter l’autorisation donne ces produits lorsqu’il n’existe pas pour eux une alternative sur le march.

Des homologations qui perdurent

Or, une dcennie plus tard, rien n’a boug, ou presque. Il aura dj fallu quatre ans de dbats aux tats membres pour dresser une liste de 55candidats la substitution, constate le rseau Pesticide Action Network Europe (PAN EU) qui sort, ce mardi 24mai, un rapport sur leur prsence dans l’alimentation, prlude une nouvelle campagne de sensibilisation. D’o un retard dans la mise en uvre de cette rglementation. Mais, mme entre 2015 et 2019, 530demandes d’autorisation de produits phytosanitaires ont t dposes sans qu’aucune substitution n’ait t propose. Et cela chez les bons comme chez les mauvais lves de l’Europe en matire de pesticides , remarque Salom Roynel, charge de plaidoyer au sein de Pan Europe.

 

L’homologation de 55 pesticides trs toxiques est bel et bien sans cesse prolonge ou renouvele
 

 

Depuis, seules deux ou trois de ces substances auraient t cartes, mais videmment pas dans tous les pays. En 2020, en se basant sur les donnes franaises de la Banque nationale des ventes de produits phytopharmaceutiques par les distributeurs (BNVD), l’association Gnrations futures constate toujours la prsence de 47 de ces 55substances. Ce qui ne signifie pas que huit d’entre elles ont t substitues, mais simplement que la demande n’a pas t faite , prcise Franois Veillerette, directeur de l’association Gnrations futures. Un manque de substitution d’ailleurs soulign par un rapport des cours d’inspection de la Sant, de l’Environnement et de l’Agriculture, il y a quelques annes.

Des rsidus en augmentation dans l’alimentation

Conclusion: l’homologation de 55pesticides trs toxiques est bel et bien sans cesse prolonge ou renouvele , analyse Salom Roynel. Pire: selon le rseau, le nombre de produits alimentaires cultivs en Europe et contamins par ces substances s’est accru de faon spectaculaire : plus 53% pour les fruits, dont les mres, les pches, les fraises et les abricots, plus 19% pour les lgumes Cette progression de la frquence de fruits et lgumes contamins va de pair avec une augmentation de l’intensit des pesticides utiliss dans les mlanges. Une inflation, en contradiction totale avec les objectifs de la stratgie europenne Farm to fork, qui serait due, selon l’ONG, la perte d’efficacit de ces produits, au fur et mesure de leur usage, obligeant les exploitants accrotre sans cesse les doses. Pour Pan Europe, les tats membres n’ont pas cherch de solutions alternatives, contrairement la viabilit conomique, la sret pour la sant humaine et l’environnement, ainsi que les cots des atteintes ces derniers ne sont pas pris en compte , commente Salom Roynel.

Un serpent qui se mord la queue

Le document de guidance, rdig pour interprter le rglement et fourni aux pouvoirs publics, mettrait d’ailleurs tous ces critres sur un mme pied d’galit et prconiserait de diversifier les produits phytosanitaires pour augmenter leur rsistance. ce titre, il s’avrerait donc particulirement contreproductif. L’ONG, qui dplore aussi un manque de transparence de l’Union europenne, rclame un retrait immdiat des douze produits qu’elle juge les plus toxiques, comme le ziram, l’hydroxyquinoline ou le cypermethrin, mais aussi une vritable application du principe de substitution par un abandon de toutes ces substances dangereuses en 2030, une rvision du document de guidance et un arrt des prolongations d’homologation pour se diriger rapidement vers des pratiques zro pesticide. Le problme, c’est que si l’on ne se donne pas les moyens d’aller trouver les produits de substitution, on n’enclenche pas de mouvement dans ce sens. C’est le serpent qui se mord la queue, insiste Franois Veillerette. Je n’ai aucun doute qu’il existe beaucoup de produits de substitution pour les 55substances les plus dangereuses. Il y a peut-tre certaines techniques amliorer, mais cela fait partie du jeu.






Article publi le 24 mai 2022



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