la transition nergtique doit aller de pair avec la sauvegarde de la biodiversit !


Tout en saluant le plan europen REPowerEU en faveur des nergies renouvelables, huit prsidents d’associations s’inquitent des atteintes potentielles la biodiversit. Et en appelent la cration d’un ministre de l’cologie, garant de sa protection.

   

Europe : la transition

Huit prsidents d’associations de protection de la nature et de la biodiversit

   

Le changement climatique et les enjeux associs de limitation du rchauffement climatique et d’adaptation des activits humaines ne sont pas indpendants de la crise que connat la biodiversit et des enjeux de prservation de ses potentialits. Comme le prcisent le Giec et l’IPBES dans leur rapport commun, les crises climatiques et de perte de la biodiversit sont troitement lies et se renforcent mutuellement; aucune des deux ne pourra tre rsolue avec succs si les deux ne sont pas abordes ensemble.

Du fait de l’invasion de l’Ukraine, la Communaut europenne entre dans une crise nergtique sans prcdent qui amne la Commission europenne promouvoir une acclration des investissements dans le dveloppement des nergies renouvelables (EnR), dans l’efficacit nergtique et dans l’conomie circulaire afin de soutenir l’indpendance nergtique des tats membres et de progresser dans l’limination progressive des combustibles fossiles.

Nous saluons cet effort, mais alertons galement sur l’importance prendre en compte l’importance stratgique de la biodiversit, ne pas la considrer qu’en termes de contraintes.

Les atteintes la biodiversit qui pourraient rsulter de l’application de certaines mesures contre-productives proposes par la Commission europenne dans son plan REPowerEU sont un manque criant de vision stratgique. Il en va ainsi, par exemple, de la dsignation par les tats membres de zones destines accueillir des EnR et dans lesquelles les projets seraient exempts d’tudes d’impacts environnementales et d’enqutes publiques et, paralllement, de la volont de rduire les surfaces protges qui sont des rservoirs de biodiversit, de protection de ses potentialits, un minimum qui semble dnoter une absence de vision stratgique.

L’tat de droit et la lgislation environnementale ne constituent pas un obstacle la transition nergtique, mais bien au contraire tmoignent d’une vision de ce qu’il importe de prserver, notre bien commun, pour faire face aux difficults venir. L’UE a pass cinq dcennies crer un ensemble de protections environnementales et sanitaires permettant l’Europe d’tre une rgion en avance dans la prservation de ses cosystmes, donc de sa scurit gopolitique. L’tat de droit en est le garant. Le respecter est essentiel. Le plan nergtique doit aussi s’appuyer et ne pas s’opposer l’engagement des citoyens, qui est un lment cl des processus de protection de la biodiversit comme de la transition nergtique.

Il est profondment surprenant que l’affaiblissement des protections des cosystmes et de leurs potentialits soit propos dans le plan REPowerEU alors que les obstacles au dploiement des nergies renouvelables, les difficults majeures, se situent ailleurs, et surtout que la biodiversit participe l’adaptation au changement climatique. La lgislation environnementale existante doit continuer s’appliquer pleinement et dans tous les secteurs, notamment les directives cadres europennes Habitatsfaune flore, Oiseaux, et des outils tels que les sites Natura 2000. Les valuations environnementales projet par projet constituent des garde-fous importants. Ce sont des estimations dont la valeur est stratgique, et elles ne doivent pas tre perues comme des freins au dveloppement des ENR. La prservation des sites prsentant des enjeux de biodiversit doit perdurer.

Nous sommes profondment proccups par la proposition europenne rvise qui pose le principe selon lequel les nergies renouvelables rpondront de manire systmatique une raison imprative d’intrt public majeur s’il n’est pas accompagn de considrations concernant l’intrt public de la prservation de la biodiversit. Cet automatisme, combin l’exemption gnrale pour les projets d’nergies renouvelables des valuations des incidences sur l’environnement (EIE) dans les zones dlimites comme tant prfrentielles, risque de saper les acquis stratgiques de l’UE en matire de sauvegarde de la biodiversit et de faciliter la drglementation. L’acclration du dploiement des EnR ne doit pas se faire au prix d’une remise en cause de l’acquis environnemental existant, au risque de perdre le soutien du public, gnrer l’incomprhension dans une opposition inutile entre transition nergtique et protection de la biodiversit.

Les signataires s’inquitent des tentatives en Europe d’affaiblir directives et outils en faveur de la biodiversit. Ils s’inquitent raison des consquences d’une stratgie qui ne tient que marginalement compte des dfis que pose la sauvegarde de la biodiversit. Les signataires voient aussi dans la philosophie du texte de la Commission une vision rductrice qui ne parvient pas intgrer l’importance stratgique de la biodiversit.

Les choses ne sont pas graves dans le marbre, le projet europen doit encore passer par plusieurs tapes politiques et peut encore tre amend.

Les signataires veulent tre rassurs et aussi assurs que l’tat franais, au travers des personnalits qui prendront en charge les politiques nergtiques et cologiques dans les prochaines semaines, analysera finement la stratgie de l’Europe et, si ncessaire, la modifiera au bnfice de la protection, de la sauvegarde et de l’avenir de la biodiversit, donc de l’Europe.

L’annonce de la cration au sein du gouvernement franais d’un ministre charg de l’nergie, alors que le ministre de la Transition cologique tait prcdemment en charge des dossiers de la Transition nergtique et de l’nergie, risque d’aller contre-courant du besoin impratif de traiter les enjeux climat et biodiversit au mme niveau de priorit et de dgager des solutions au dfi climatique qui ne nuisent pas la biodiversit. Face ce nouveau ministre et au puissant ministre de l’Agriculture, ne faut-il pas un ministre charg de l’cologie o la protection et la valorisation de la biodiversit seraient un enjeu central, comme poids politique et comme levier d’action tant au niveau national qu’europen?

Le rchauffement climatique et l’effondrement de la biodiversit sont deux crises plantaires interdpendantes qu’il est impratif de traiter simultanment. On ne russira pas la transition nergtique en Europe en ngligeant l’importance stratgique de la biodiversit, et notamment du potentiel cologique considrable des espaces encore peu anthropiss.

Tribune collective signe par:

Christian Arthur, prsident de la Socit franaise d’tude et de protection des mammifres (SFEPM)
Denis Couvet, prsident de la Fondation pour la recherche sur la biodiversit (FRB)
Allain Bougrain Dubourg, prsident de la Ligue pour la protection des oiseaux (LPO)
Bernard Chevassus au Louis, prsident d’Humanit et biodiversit
Rmi Luglia, prsident de la Socit nationale de protection de la nature (SNPN)
Christine Rollard, prsidente de l’Office pour les insectes et leur environnement (OPIE)
Arnaud Schwartz, prsident de France Nature Environnement (FNE)
Jean-Franois Silvain, prsident du Conseil scientifique rgional du patrimoine naturelGrand Est (ancien prsident de la FRB)

Article publi le 24 mai 2022

Les points de vue exprims dans les tribunes n’engagent que leurs auteurs et ne constituent pas une prise de position ou un soutien de la rdaction d’Actu-environnement.



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