l’origine des fissures affectant certains racteurs se prcise


Les dfauts affectant les racteurs en fonctionnement concernent essentiellement les plus rcents, explique l’Autorit de sret nuclaire et EDF. Un dfaut de conception est la cause privilgie.

Le phnomne de corrosion sous contrainte dtect au dbut de l’hiver dernier est un vnement srieux et indit, constate Bernard Doroszczuk. Le prsident de l’Autorit de sret nuclaire (ASN) confirme que l’ensemble du parc nuclaire est susceptible d’tre concern. Toutefois, les racteurs les plus anciens, les plus nombreux, sont moins affects. En cause, une modification de certains circuits applique aux racteurs les plus rcents.

C’est en substance ce qu’a expliqu, le 17mai, le prsident de l’ASN lors de la prsentation du bilan annuel de la sret nuclaire devant les membres de l’Office parlementaire des choix scientifiques et technologiques (Opecst). Ce jeudi 19mai, EDF a confirm et prcis les informations que l’ASN a prsentes.

Un vnement totalement inattendu

La dcouverte, fin 2021, d’un phnomne de corrosion sous contrainte sur des portions auxiliaires du circuit primaire des quatre racteurs du palier N4 les racteurs Civaux1 et2 (Vienne) et ChoozB1 etB2 (Ardennes) d’une puissance de 1450mgawatts (MW) constitue bien un vnement srieux, a expliqu le prsident de l’ASN. Srieux, d’abord, parce que l’un des circuits concerns, le systme d’injection de scurit (RIS), est important en termes de sret. En cas de brche, il ne pourrait pas tre isol du circuit primaire, ce qui affecterait la capacit de refroidissement du cur.

Srieux, aussi, parce que le problme peut concerner l’ensemble du parc nuclaire d’EDF. En effet, en janvier, il a t dcouvert sur le racteur1 de Penly (Seine-Maritime), un des vingt racteurs franais de 1300MW (le deuxime palier). En avril, quatre autres racteurs ont t concerns: ChinonB3 (Indre-et-Loire) – un des 32racteurs de 900MW Cattenom3 (Moselle), Flamanville2 (Manche) et Golfech1 (Tarn-et-Garonne). Au total, EDF a donc d mettre l’arrt ou prolonger l’arrt programm de douze racteurs.

En outre, il s’agit d’un vnement totalement inattendu, puisque le contrle qui a permis de le dcouvrir portait sur la fatigue thermique de l’acier, et non sur une ventuelle corrosion. En effet, l’acier inoxydable faible teneur en carbone employ tait cens garantir l’absence de corrosion.

Quatre circuits concerns

Pour traiter le problme, EDF a mis en uvre un programme de contrle par ultrasons, de dcoupe et d’analyse de certains tronons, et de rparation. Ce travail est dlicat: il impose la destruction des tronons expertiss. C’est un des points extrmement compliqus de la phase dans laquelle nous nous trouvons, explique Bernard Doroszczuk. Trente-cinq soudures ont dj t dcoupes et 105autres vont l’tre d’ici fin juin. Pour l’instant, les premiers rsultats semblent garantir la tenue en fonctionnement des portions concernes, mais avec peu de marge. EDF prcise que la fissure la plus importante, constate Civaux1, est de 0,56cm sur un tuyau de 2,85cm d’paisseur.

Les premiers enseignements indiquent que les racteurs les plus rcents de 1450MW sont plus affects que ceux de 1300MW. Quant aux racteurs de 900MW, les premiers rsultats montrent qu’ils sont peu, voire pas affects par ce phnomne, explique l’ASN.

Outre le circuit RIS, le circuit de refroidissement l’arrt (RRA) est aussi concern頻, a expliqu le prsident de l’ASN. EDF prcise, qu’ l’heure actuelle, trois racteurs prsentent des dfauts sur ces deux circuits (Civaux1, ChoozB1 et Penly1) et un quatrime sur le RRA (ChinonB3). Des tudes sont aussi en cours pour valuer si deux autres auxiliaires du circuit primaire sont affects: le circuit destin au maintien de la composition chimique de l’eau (RCV) et une ligne d’expansion du pressuriseur. ce stade, nous avons plutt confiance dans le fait que ces circuits soient peu affects, explique Rgis Clment, le directeur adjoint de la production nuclaire d’EDF, prcisant que deux racteurs feront l’objet d’expertises.

La gomtrie des circuits semble tre en cause

Reste l’origine du problme. Trois lments se combinent pour expliquer la corrosion sous contrainte: la sensibilit de l’acier; le milieu, c’est–dire son pH, sa temprature et la prsence d’oxygne ou de polluants; et les contraintes thermiques et mcaniques proximit des zones affectes. Les rsultats montrent que les deux premiers facteurs sont hors de cause, ou ne jouent qu’ la marge.

Il semble plutt que la conception des racteurs en soit la raison. Le prsident de l’ASN a dsign la gomtrie des circuits affects: celle du palier de 900MW est conforme au design original de Westinghouse (le concepteur amricain des premiers racteurs franais), alors que celle des paliers suivants a t francise. EDF a la conviction claire que l’augmentation du nombre de coudes et le rallongement de certains tronons est effectivement en cause, explique Rgis Clment. En l’occurrence, le design des lignes conues par les ingnieurs franais favorise l’alternance d’carts de temprature de l’eau dans les circuits. Et cette douche cossaise impose des contraintes thermiques au mtal qui l’affaiblissent. La ralisation des soudures est aussi une cause du problme, mais de second ordre.

Compte tenu de ces lments, EDF estime qu’elle est face un phnomne lent, qui affecte toujours les mmes zones ( proximit des soudures et des coudes). En outre, compte tenu de la densit du mtal au centre des zones affectes, les fissures ne sont pas susceptibles de se propager sur toute l’paisseur des tuyaux. Dans son analyse de sret, remise l’ASN le 13mai, l’entreprise propose donc de raliser les contrles l’occasion des visites programmes d’ici fin 2023, plutt que de mettre spcifiquement l’arrt les racteurs.



Article publi le 19 mai 2022



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