pourquoi les porteurs de projet dsertent les appels d’offres et comment les faire revenir


Moins d’un tiers du volume appel pour le dernier appel d’offres  solaire sur btiment  a t dpos. Les racines de cet abstentionnisme ? L’attractivit renouvele du guichet ouvert et la hausse du cot des matriaux.

Alors que l’nergie solaire est au beau fixe, grce un lan politique positif et une rglementation de plus en plus favorable, les appels d’offres destins au photovoltaque sur toiture sont dserts. Le 28avril, le ministre de la Transition cologique a dsign les laurats de la deuxime priode du nouvel appel d’offres solaire sur btiment (dit PPE2 2021-2026): seulement 38projets d’une puissance cumule de 122 mgawatts (MW) ont t retenus, sur un volume appel de 400MW. Ces laurats ont t retenus parmi les 41dossiers jugs conformes par la Commission de rgulation de l’nergie (CRE), sur les 46 dposs. Quel que soit le chiffre choisi, il reste en dessous des 52 laurats (157 MW, pour 300 MW appels) de la premire priode et trs en dessous des esprances du gouvernement.

Le dispositif de volume rserv est clairement inefficace pour le prsent appel d’offres, constate la CRE dans sa note de dlibration. Le calendrier ambitieux envisag pour le prsent appel d’offres (trois priodes par an avec entre 300 et 400 MW appels par priode) apparat en dcalage. La commission recommande ainsi de modifier ce volume pour les prochaines priodes. Pourquoi un tel dispositif de soutien se retrouve-t-il sous-souscrit? Pour les professionnels du secteur, une rcente facilitation rglementaire rend aujourd’hui la mcanique de l’appel d’offres beaucoup moins allchante.

Les raisons de la dsertion

   

volution du volume total des dossiers dposs en fonction du volume appel par priode d’appels d’offres  solaire sur btiment .
© CRE

 

   

En octobre 2021, un arrt a tendu l’ligibilit des installations solaires sur btiment au guichet ouvert . Ce dernier permet dsormais aux projets de moins de 500kilowatts-crte (kWc) de bnficier d’un tarif d’achat au lieu de 100kWc au maximum, auparavant. Mathmatiquement, tous les professionnels qui dveloppent des projets entre 100 et 500kWc ne candidatent plus aux appels d’offres et privilgient la simplicit administrative du guichet ouvert, nonce Antoine Huard, prsident du laboratoire d’ides France Territoire solaire et cofondateur de la socit Verso Energy. Et certains porteurs de projet optent pour une lgre rduction de l’ampleur de leurs installations afin de passer sous la barre du 500kWc et profiter du guichet ouvert.

Contrairement aux appels d’offres, le dispositif de guichet ouvert ne prsente pas de mise en concurrence et ses critres de slection ne se basent pas sur un cahier des charges, mais uniquement sur les modalits d’un arrt tarifaire. La mcanique du guichet ouvert offre plus de scurit aux clients finaux et des dlais administratifs plus courts, dclare David Greau, directeur gnral adjoint d’Enerplan, syndicat des professionnels de l’nergie solaire. D’autant plus que, pour le photovoltaque sur toiture, sur btiments commerciaux, sur des hangars industriels ou agricoles, la taille des projets n’est pas excessive et les enjeux conomiques sont donc souvent moindres.

Dsormais, seuls les dossiers de grande ampleur vont aller vers l’appel d’offres, estime Antoine Huard. Pour un projet de 10MW avoisinant un investissement de dix millions d’euros, un porteur de projet peut se permettre d’attendre le rsultat d’une mise en concurrence. Nanmoins, d’aprs l’expert de France Territoire solaire, mme les projets les plus volumineux sur toiture se font rares parmi les dossiers dposs. Selon lui, la plupart de ceux de cette catgorie en mesure d’merger facilement ont dj t installs ou sont en cours d’implantation. Il est certain qu’il existe galement une rarfaction des projets les plus volumineux. Des acteurs ont encore des difficults obtenir un permis de construire, mener des tudes d’impact ou se conformer aux normes ICPE des toitures de certains sites industriels.

De nouvelles conditions pour contrer l’inflation?

Une autre question conjecturelle est susceptible d’expliquer ce phnomne de sous-souscription: l’inflation. Ces derniers mois, la crise des prix de l’nergie, mais surtout du cot des matriaux, accentus par les consquences de la guerre en Ukraine , impactent l’ensemble de l’conomie, y compris l’industrie des panneaux photovoltaques. Le syndicat Enerplan a relev des hausses de cots de 25% sur les modules solaires, de 50% du prix des aciers (et) de 25% pour le cuivre, lesquelles sont de nature entraver la dynamique des nouveaux projets. Autrement dit, un certain nombre de porteurs de projet prfrent s’abstenir et attendre que la tempte conomique s’apaise plutt que d’en payer le prix fort.

 

Rduire le volume appel constituerait un vritable constat d’chec
 

Antoine Huard, France Territoire solaire

 

Plusieurs rponses possibles sont envisages pour y remdier et permettre aux dispositifs de soutien de vivre sans entraver la rentabilit des projets. La premire a t donne en faveur du guichet ouvert. Le 12mai, Enerplan a signal l’examen par le Conseil suprieur de l’nergie (CSE) d’un arrt du gouvernement proposant un gel du plafond tarifaire ds le second trimestre, avec une indexation sur l’inflation jusqu’ la fin de l’anne. S’agissant de l’appel d’offres, une simplification massive des procdures administratives d’urbanisme et de raccordement est imprative afin de reconstituer le « pipe » de projets en attente dans six mois un an, selon Antoine Huard, de France Territoire solaire.

Du ct d’Enerplan, l’autre proposition mergente concerne l’instauration d’une condition temporaire au cahier des charges de l’appel d’offres. Le gouvernement pourrait laisser les projets bnficier directement des prix du march pendant quelques mois, afin de compenser la hausse des cots, avant de revenir au rgime du complment de rmunration sur le reste du contrat pass avec l’tat, suggre David Greau. En somme, l’ide est de permettre aux installations de vendre l’lectricit sur le march au prix fort, avoisinant actuellement les 200euros le mgawattheure (€/MWh), et non celui fix par l’tat dans l’appel d’offres autour de 80€/MWh sur vingt ans. La mesure peut tre vertueuse condition qu’elle soit bien encadre, remarque Antoine Huard, de France Territoire solaire. L’tat a aussi un intrt ce que la capacit solaire raccorde produise de l’nergie un prix fixe sur lequel il peut gagner de l’argent sur le long terme, en rfrence au mcanisme du complment de rmunration.

Quoi qu’il en soit, personne ne semble partager la position de la CRE, qui prne une modification du volume appel. Pour Antoine Huard, rduire le volume appel constituerait un vritable constat d’chec et conduirait rduire nos ambitions nergtiques, que nous devrions plutt rehausser.









Article publi le 13 mai 2022



Notre Partenaire : Actu du jour

Source

Soyez le premier à commenter

Poster un Commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.


*