« Il faut reparler d’industrie de manière positive »


Avec la future usine d’hydrogène vert portée par Air liquide en ligne de mire, l’agglomération Caux-Seine travaille déjà à former les techniciens de demain. Virginie Carolo-Lutrot, sa présidente, revient sur les projets locaux de formation.

   

« Il faut reparler d'industrie de manière positive »

Virginie Carolo-Lutrot
Présidente de l’agglomération Caux-Seine

   

Actu-Environnement : Quelle est la stratégie de Caux Seine Agglo et de la Région Normandie en matière d’hydrogène ?

Virginie Carolo-Lutrot : Notre intercommunalité est un territoire énergétique. Nous avons toujours travaillé sur toutes les questions d’énergie, de pétrochimie et d’accompagnement des entreprises dans leur transition pour devenir plus vertueuses. Depuis 2016, donc bien avant le lancement du plan France 2030, nous avons amorcé la décarbonation de notre industrie et de la mobilité lourde grâce à l’hydrogène. Demain, ce sera au tour de la mobilité légère, puis du « power-to-gas ». Nous voulons consommer moins d’hydrogène « gris » et plus d’hydrogène « vert », décarboné. Nous développons aussi des solutions de captation du carbone, pour le comprimer, dans le port du Havre, avant d’être réutilisé dans des serres ou stocké en mer du Nord.

Nous avons lancé la première étape en matière d’hydrogène vert : Air liquide Normand’Hy. La première usine d’hydrogène décarboné sera implantée à Port-Jérôme, sur le territoire de Caux Seine Agglo. Elle devrait produire 20 000 tonnes d’hydrogène « vert » grâce à une électricité produite localement par l’éolien terrestre, le photovoltaïque et, bientôt, l’éolien offshore. Elle contribuera aux 100 000 emplois nécessaires dans le domaine à l’échelle nationale d’ici à 2030. Et c’est pour cela que, selon nous, la formation est la clé, pour transformer certains postes spécialisés, pour leur donner cette « couleur » hydrogène.

AE : Quelles formations aux métiers de l’hydrogène existent dans votre territoire ?

VCL : Nous avons inauguré un BTS, en septembre 2021, sur la maintenance des fluides (la tuyauterie dans les usines) avec une spécialisation hydrogène, au lycée Pierre-de-Coubertin, à Bolbec. Jusqu’à 25 diplômés pourront trouver un poste dans une usine de massification, puis dans la mobilité lourde et l’avitaillement de bus à hydrogène. La formation est très technique. Elle dispose justement d’un plateau technique, assez restreint, pour expérimenter le montage et l’entretien d’électrolyseurs.

Nous avons cependant l’ambition d’aller plus loin et de créer une véritable « H2 Académie » dans ce même établissement. Ce projet, inscrit dans le plan Normandie Hydrogène, est à l’étude avec le ministère de l’Éducation nationale, le Conservatoire national des arts et métiers (Cnam) et la Région. Il vise la formation de mécaniciens, de chaudronniers ou encore d’opérateurs production-utilisation. Les élèves, de la seconde aux études supérieures, profiteraient d’un plateau technique sur l’hydrogène gazeux construit spécialement pour eux sur une friche industrielle. Son ouverture coïnciderait avec l’inauguration de l’usine d’Air liquide, d’ici à 2023 ou 2024. Nous envisageons même un second plateau technique, sur l’hydrogène liquide, à Vernon (Eure). À terme, nous souhaitons en faire une académie industrielle et aller jusqu’à proposer des alternances avec les entreprises locales.

AE : Comment travaillez-vous à l’élaboration de ces futures formations ?

VCL : Nous sommes en pourparlers avec l’Éducation nationale pour obtenir des moyens suffisants en termes d’enseignants, d’équipements et d’outils. Il nous faut répondre aux vrais besoins des entreprises, avec des formations en continu. Les recruteurs ne s’intéressent ni aux formations en trois semaines ni en trois ans. Nous voulons élaborer, avec le ministère, un diplôme en deux à trois ans, tout au plus, et une certification professionnelle, avec le Cnam, pour couvrir les besoins locaux. Les filières professionnelles deviennent plus agiles avec des certifications qu’avec seulement des colorations de diplôme. Il nous faut vraiment allier les deux.

Article publié le 12 mai 2022



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