les premiers projets hydrogne prennent forme


Inscrit dans la stratgie nationale pour l’hydrogne, le volet dcarbonation de l’industrie commence se traduire en projets concrets. Certaines installations deviendront oprationnelles dans deux ou trois ans avant de se dmultiplier d’ici 2030.

ArcelorMittal, Dunkerque, Michelin, Vannes, TotalEnergie, autour de l’tang de Berre, ou encore Borealis, Ottmarsheim : quelques industriels se lancent dj dans l’exprimentation de la dcarbonation de leurs activits par le biais de l’hydrogne vert. Les tensions sur le march des nergies et la ncessit de rester comptitifs les y poussent plus que jamais. Mais les limites fixes au secteur pas plus de 53 millions de tonnes de CO₂ mises en 2030 et 16 millions en 2050, contre 84 en 2019 , par la Stratgie nationale bas carbone (SNBC), constituent aussi une forte incitation. En effet, si le secteur de l’industrie s’est montr le plus vertueux en matire de rduction de ses rejets de gaz effet de serre depuis 1990, il reste responsable de 20 % du total des missions nationales, principalement gnres par la chimie, les minraux non mtalliques et la mtallurgie.

Une place centrale pour un tiers des industriels

En complment d’autres leviers insuffisamment exploits, comme la rcupration de la chaleur fatale, l’adoption de l’hydrogne vert pourrait ainsi permettre de grosses conomies de carbone. Soit en remplacement des 880 000 tonnes d’hydrogne d’origine fossile (gaz naturel ou charbon) consommes chaque anne pour le raffinage, la production d’engrais ou la chimie. Soit sous forme d’alternative aux fossiles pour les process difficiles lectrifier et pour la production de chaleur. Soit pour transformer d’autres procds industriels, dans la sidrurgie ou la cimenterie. Le cimentier Vicat, par exemple, compte utiliser l’hydrogne pour valoriser son CO₂ dans la production de mthanol dcarbon. Comme le confirme une tude mene en juin 2021 par GRTgaz et Terga, toutes ces solutions sont bien identifies par les industriels. Pour 41 % d’entre eux, sa place demeure  secondaire pour l’instant . Mais un petit tiers la juge dj  centrale . C’est le cas d’ArcelorMittal qui, avec le soutien de l’tat, investira 1,7 milliard d’euros Fos-sur-Mer et Dunkerque afin de rejeter 40 % de carbone en moins d’ici 2030. Soit une conomie de 7,8 millions de tonnes par an.

La fin de la dcennie en ligne de mire

 

Nous allons commencer par des exprimentations qui vont crdibiliser le mode de production et les usages
 

 

 Notre industrie consomme normment de carbone. Elle n’a pas t pense pour l’conomiser (). Nous allons donc tre obligs de changer nos process , constatait Damien Chambolle, directeur du programme dcarbonation d’ArcelorMittal Mditerrane, lors d’une table ronde organise par l’Ademe, le 30 mars dernier. Dunkerque, le sidrurgiste construira une nouvelle unit dite  de rduction directe , d’une capacit de 2,5 Mt, pour transformer le minerai de fer avec de l’hydrogne et sans charbon. Pour l’association France Hydrogne, l’industrie pourrait consommer 475 000 tonnes d’hydrogne dcarbon d’ici la fin de dcennie. Un produit essentiellement fabriqu partir d’lectrolyse de l’eau, ds 2025, prcisent GRTgaz et Terga, mme si le reformage du gaz naturel avec capture et stockage du carbone, ainsi que la gazification de la biomasse sont galement voqus.  Les lectrolyseurs ou les piles combustible sont aujourd’hui techniquement matures et prts au dploiement , souligne France Hydrogne dans son livre blanc  Faire de la France un leader de l’hydrogne renouvelable ou bas carbone .

Une comptitivit qui se prcise

Certes, ces technologies restent assez chres. Mais le prix de l’lectricit solaire a chut de plus de 80 % depuis 2010, quand celui de l’olien baissait de plus d’un tiers. Une telle rduction des cots, associe l’inflexion des prix des lectrolyseurs et des piles combustible, devrait assurer la comptitivit de l’hydrogne vert l’horizon 2030. cette date, le cabinet Bloomberg New Energy Finance estime mme qu’il sera moins cher que son quivalent base d’nergies fossiles. Encore faut-il trouver des producteurs. Pour Dominique Mockly, P-DG de Terga, c’est la prsence d’infrastructures qui permettra la naissance d’un march.  Nous sommes dans une phase o les projets construisent les modles finaux. () Nous allons commencer par des exprimentations qui vont crdibiliser le mode de production et les diffrents usages , expliquait-il lors de la confrence H2 entreprises du 10 janvier dernier. Comme pour le secteur de la mobilit, c’est donc souvent le partenariat entre un producteur et un industriel qui favorise la naissance d’un projet.

Des partenariats indispensables

ArcelorMittal s’est ainsi associ avec Air Liquide, Dunkerque, et avec le concepteur de technologies d’lectrolyse Genvia pour l’installation d’un dmonstrateur dans son usine de Saint-Chly-d’Apcher, en Lozre. Vannes, le site de Michelin accueillera l’lectrolyseur d’Engie solutions, financ en partie par l’industriel, qui alimentera ce dernier en hydrogne vert pour le trfilage mtallique de ses pneus. L’quipement, volontairement surdimensionn, ravitaillera aussi les vhicules de la collectivit et des entreprises locales.  Cela montre que l’on peut arriver des prix comptitifs, en rflchissant en mode collectif et pour d’autres usages , commentait Valrie Bouillon-Delporte, directrice de l’cosystme Hydrogne de Michelin, lors de la table ronde de l’Ademe du 30 mars dernier. Le producteur d’engrais Borealis, pour sa part, a sign un protocole d’accord avec Hynamics, filiale du groupe EDF, pour tudier la possibilit de produire 6 400 tonnes d’hydrogne bas carbone par an, dans trois quatre ans, au sein de son usine d’Ottmarsheim, prs de Mulhouse, grce une station d’lectrolyse de 50 MW. Le projet concerne 15 % de son activit mais il conomisera 48 500 tonnes de CO₂ par an.

Au-del des prvisions initiales

En 2025, Hynamics installera galement un lectrolyseur, de 330 MW cette fois, dans la cimenterie Vicat de Montalieu-Vercieu (38) pour produire plus de 200 000 tonnes de mthanol par an, en associant son hydrogne au CO₂ capt la sortie du four.  Soit un quart un tiers de la consommation totale de mthanol en France, aujourd’hui intgralement importe , indiquait Julien Poillot, directeur des projets hydrogne chez Vicat, lors de la confrence H2 entreprises. Un projet clef pour passer l’chelle industrielle, qui pourra ensuite tre dupliqu dans d’autres industries, partout dans le monde.  Pour l’instant, il est autoportant car nous avons en main les tenants et les aboutissants. Mais si demain on le connecte des rseaux, nous pourrons aussi utiliser leurs synergies, ce sera un plus , ajoute Julien Poillot. Enfin, dans deux ans, TotalEnergie et Engie esprent exploiter un quipement de 40 MW dans la bioraffinerie de La Mde, aliment en lectricit par des fermes solaires d’une capacit globale de plus de 100 MW. Celui-ci devrait gnrer 15 tonnes d’hydrogne vert par jour pour alimenter la production des biocarburants. terme, de nouvelles fermes renouvelables pourraient permettre d’atteindre une production de 15 tonnes d’hydrogne vert par jour. Grce cette dynamique industrielle, d’aprs le cabinet Bloomberg New Energy, les ventes d’lectrolyseurs devraient quadrupler ds cette anne dans le monde, emmenes par cinq secteurs : acier, ammoniac, mthanol, produits chimiques et raffinage du ptrole. en croire un autre cabinet, Guidehouse Insights, leur capacit totale devrait mme dpasser largement les prvisions initiales, en passant de 1,3 GW la fin de cette anne 104,6 GW l’horizon 2031.

Article publi le 05 mai 2022



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