des valuations remises en cause par Gnrations futures


L’association Gnrations futures s’est intresse aux mthodes employes par les autorits pour valuer la gnotoxicit du glyphosate. Son nouveau rapport, publi ce mardi 3 mai, montre, une fois encore, une srie de dysfonctionnements proccupants.

Les fabricants et autres distributeurs de glyphosate ont-ils des craintes avoir quant l’avenir de cette molcule controverse? C’est peu probable, en croire Gnrations futures. Alors que l’autorisation de mise sur le march du produit arrive son terme en dcembre prochain, l’association se saisit nouveau du sujet, en se centrant cette fois sur sa gnotoxicit. Autrement dit, sur sa capacit compromettre de manire permanente ou rversible l’intgrit physique du gnome, donc stimuler l’apparition de cellules cancreuses.

Dj examin par quatre tats la France, la Hongrie, les Pays-Bas et la Sude , le rapport d’valuation pour le renouvellement de son autorisation (RAR) a t transmis pour avis l’Agence europenne des produits chimiques (Echa) et l’Autorit europenne de scurit des aliments (Efsa), qui devraient rendre respectivement leurs conclusions en mai ou juin, et cet automne. Mais sur quelles bases? C’est bien l que le bt blesse, souligne Gnrations futures, qui dplore rgulirement que 99% de la littrature universitaire publie ces dix dernires annes sur cet herbicide soient carts du RAR au profit des tudes menes par les producteurs eux-mmes.

Un choix largement biais

En 2015, le Centre international de recherche sur le cancer (Circ) mentionnait pourtant dj que, dans l’ensemble, les donnes mcanistiques fournissent de solides preuves de gnotoxicit et de stress oxydatif , rappelle l’association, tandis qu’en2021, l’Inserm notait que les tudes montrant une absence de gnotoxicit () semblent moins importantes () que celles suggrant un effet positif . Afin d’tayer ces arguments, la toxicologue Pauline Cervan, responsable des questions scientifiques et rglementaires au sein de Gnrations futures, a recens les tudes in vitro sur le glyphosate cites dans son RAR, dans le rapport du Circ et dans celui de l’Inserm: soit une vingtaine d’exprimentations, ralises sur des cellules humaines, de mammifres ou d’organismes non standards comme des poissons.

 

Les autorits s’appuient donc exclusivement sur les tudes provenant des industriels
 

Pauline Cervan, Gnrations futures

 

Premier biais dtect par la spcialiste: aucune des tudes rvlant des effets positifs de gnotoxicit, bien plus nombreuses que les autres, n’a t prise en compte par le RAR, qui a jug leur fiabilit inacceptable en raison d’un manque de respect des lignes directrices de l’OCDE ou des bonnes pratiques de laboratoire. Mme approche pour les tests in vivo : alors que le RAR retenait une tude duplique dix fois l’identique par les industriels, donc susceptible de fausser les statistiques, il cartait dans le mme temps les essais mens sur les organismes non standards, comme les poissons ou les plantes, pourtant jugs fort potentiel par l’Anses. En excluant de l’valuation ce type de tests, de nombreuses tudes disponibles dans la littrature et montrant des effets gnotoxiques sont de fait rejetes immdiatement, estime Gnrations futures.

Une classification liminatoire

Les autorits s’appuient donc exclusivement sur les tudes provenant des industriels , conclut Pauline Cervan. Or, ces documents ne sont pas exempts d’irrgularits. Au contraire, la majorit d’entre eux ne respecte pas non plus les lignes directrices de l’OCDE. Le nombre de cellules analyses est trop faible. Les tudes in vivo n’apportent pas la preuve d’exposition des cellules cibles situes dans la moelle osseuse. Mais ces failles sont ignores , indique la toxicologue.

Autre problme: les donnes in vivo ne sont disponibles que pour un seul type de test et de cellules, celles de la moelle osseuse. In vitro, le test dit des comtes, par exemple, a pourtant montr des effets du glyphosate sur des cellules sanguines, hpatiques ou pithliales. Mais ces tests de gnotoxicit in vitro n’ont quasiment aucun poids dans le rglement de classification. Aucun de ces mmes tests, raliss cette fois in vivo, n’a jamais t fourni par les industriels. Pourtant, mme l’Anses, en 2016, faisait valoir l’intrt de disposer de ces exprimentations sur les reins et le foie, notamment. Une recommandation jamais suivie d’effets.

Pauline Cervan relve aussi des critres de classification noncs dans le rglement CLP trop restrictifs, d’ailleurs remis en cause par l’Anses. Pour dclarer une substance gnotoxique, ce rglement ne reconnat ainsi que le caractre mutagne au niveau des cellules germinales, autrement dit lies la reproduction, ce qui exclut toutes les autres cellules. On voit ici le reflet du gap entre la science acadmique et la science rglementaire, observe Pauline Cervan. Le glyphosate est en quelque sorte l’exemple emblmatique de ce systme, mais ces failles dans l’valuation se retrouvent dans quasiment toutes les substances et tous les dossiers! 








Article publi le 03 mai 2022



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