l’Ademe promeut des critres d’valuation ambitieux


La ncessit de dvelopper les nergies renouvelables stimule les projets d’agrivoltasme. Afin d’viter les drives, une tude de l’Ademe dfinit des critres d’valuation des projets.

En plein dveloppement depuis une dizaine d’annes, l’agrivoltasme suscite autant d’enthousiasme que de craintes, notamment en termes d’usage des terres et de prservation de la souverainet alimentaire du pays. D’o la volont de l’Agence de la transition cologique (Ademe) de dfinir plus prcisment cette notion et de proposer des critres d’valuation srieux des projets. Certes, l’appel d’offres de la Commission de rgulation de l’nergie (CRE) dsignait dj, en 2017, ces quipements comme desinstallations photovoltaques permettant de coupler une production photovoltaque secondaire une production agricole principale avec une synergie de fonctionnement dmontrable . Mais au regard de la grande varit des solutions techniques prsentes sur le march, la justification de la synergie agricole de ces systmes n’est pas toujours vidente ou dmontrable, estime l’Agence.

tat de l’art et enqutes de terrain

Pour mener bien sa dmarche, entre 2020 et 2021, l’Ademe a d’abord ralis un tat de l’art bibliographique du sujet, en France et l’tranger (typologie des systmes et niveau de dveloppement, incidences, rglementation), via une centaine de publications, puis enregistr, auprs des parties prenantes et des experts, les retours d’exprience d’une cinquantaine de projets reprsentatifs. Les deux activits, agricole et nergtique, devant se partager l’espace disponible et l’ensoleillement, leurs rendements respectifs sont, en effet, fortement influencs par les caractristiques de l’installation photovoltaque: densit, types de modules, inclinaison, possibilits de pilotage, etc. , indique l’agence. Ces dmarches lui ont permis de dresser un panorama exhaustif des techniques utilises, de dvelopper une mthode pour classifier finement les projets, puis d’laborer des recommandations destination des agriculteurs, des dveloppeurs et des pouvoirs publics.

Des choix subtils faire

 

Le projet d’agrivoltasme se doit galement d’assurer sa vocation agricole
 

 

De manire gnrale, en raison des contraintes de rendement ou de bien-tre animal, la performance nergtique des systmes photovoltaques se rvle infrieure ou gale aux systmes dcoupls des activits agricoles. De mme, les effets de ces quipements sur la production agricole s’avrent gnralement neutres ou ngatifs. Mais en agissant sur la temprature ou l’vapotranspiration des cultures, ils peuvent aussi augmenter l’efficience de l’apport en eau ou la protection vis–vis des alas climatiques. Tout dpendra des conditions pdoclimatiques (le climat auquel est soumis le sol) et des espces cultives, mais galement de la hauteur et de la gomtrie des structures photovoltaques, ainsi que de leur capacit ou non tre orientes paralllement la pluie. Ds lors, o placer les curseurs, en termes de taux d’emprise, de rendements nergtiques, d’adaptation de la structure, des panneaux et de la transparence, d’une part, de rendements agricoles, de choix des varits cultives, d’augmentation de la main-d’uvre, de rduction de la priode de production, du taux de sucre ou de la taille des fruits, d’autre part?

Des critres pour se reprer

L’Ademe propose une mthodologie base sur des critres de qualification  et d’attention . Les premiers caractrisent les synergies entre production agricole et photovoltaque: quels sont les services apports la production agricole? Sont-ils directs en permettant, par exemple, l’adaptation au changement climatique? Sont-ils indirects car lis l’acquisition de serres photovoltaques ou de btiments d’levage quips de panneaux? Consistent-ils simplement en une scurisation du foncier? Quelle est l’incidence sur la production agricole: une amlioration, un maintien ou une dgradation acceptable, une dgradation importante? Enfin, comment voluent les revenus de l’exploitation? Vers une diminution, une perte compense par d’autres revenus, un maintien, une amlioration? Les seconds critres s’intressent d’autres dimensions susceptibles de montrer la cohrence et la pertinence globale du projet ou, au contraire, ses fragilits: la vocation du projet et sa prennit, la rversibilit du systme et sa flexibilit, son adquation avec les besoins du territoire, ses impacts sur les sols, les paysages, l’environnement.

Une dfinition plus prcise

Pour l’Ademe, qui a privilgi une approche particulirement ambitieuse du sujet, une installation photovoltaque peut finalement tre qualifie d’agrivoltaque lorsque ses modules photovoltaques sont situs sur une mme surface de parcelle qu’une production agricole et qu’ils l’influencent en lui apportant directement, sans intermdiaires, un service d’adaptation au changement climatique, une protection contre les alas, une amlioration du bien-tre animal ou un service agronomique prcis pour les besoins des cultures: limitation des stress abiotiques (scheresse, excs d’eau), par exemple. Cela, sans induire de dgradation importante de la production agricole (qualitative et quantitative), ni de diminution des revenus issus de la production agricole. Au-del de ces aspects, prcise l’agence, le projet d’agrivoltasme se doit galement d’assurer sa vocation agricole , en permettant notamment l’exploitant de s’impliquer dans sa conception, voire dans son investissement. L’installation agrivoltaque se doit aussi d’tre adaptable et flexible pour rpondre des volutions possibles dans le temps .

Un sujet dlicat

L’Ademe recommande par ailleurs aux pouvoirs publics et aux porteurs de projets de poursuivre l’enrichissement des connaissances, notamment agronomiques, dans ce domaine, et de capitaliser sur les retours d’exprience. Comme le prouve le dlai existant entre la fin de cette tude, en juillet2021, et la date de sa parution, fin avril2022, rvlant des dbats et des tiraillements au sein mme des pouvoirs publics, le sujet est particulirement dlicat. Mais il faut pourtant l’aborder dans toutes ses dimensions. Les enqutes de terrain menes auprs des exploitants et des dveloppeurs montrent leur mconnaissance des effets de l’ombrage sur les cultures et un rel manque de retour agronomique sur les expriences, rvle l’Ademe. Ils regrettent aussi un manque de conseils et d’accompagnements sur l’adaptation des itinraires culturaux, souvent modifis, et sur les varits choisir. Enfin, ils doivent galement se prmunir des tentations de spculation foncire.








Article publi le 02 mai 2022



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