les dchets plastique attisent les convoitises


La rforme de la reprise des dchets d’emballages en plastique et la multiplication des annonces d’implantations d’usines de recyclage chimique exacerbent la course pour scuriser les gisements.

En mars, les pouvoirs publics entrinaient une rforme de la collecte des emballages mnagers qui a soulev de vives critiques de la part des collectivits territoriales et des acteurs de la reprise et du recyclage des plastiques. Parmi ces reproches figure la crainte que le nouveau dispositif ait pour vocation de dtourner une partie du gisement des usines de recyclage mcanique vers les futures usines de recyclage chimique. Et cela, moindre cot, faute de concurrence entre acteurs. La concomitance de l’adoption de la rforme et des annonces de cration d’units de recyclage chimique a renforc les craintes.

Aptitude au contact alimentaire

Pour les promoteurs de la rforme, l’objectif est clair. L’extension des consignes de tri et la reprise par Citeo des plastiques mal ou non recyclables permettent de massifier des flux pour que s’engagent les investissements dans des solutions de recyclage innovantes. Lors d’un colloque organis en fvrier par Amorce, Citeo a confirm que les metteurs en march veulent acclrer l’intgration de plastique recycl dans les emballages. Pour ce secteur, qui concentre environ 40% de la demande europenne en plastique, le sujet devient urgent puisqu’il n’emploie que 5% de rsines recycles (selon les chiffres de Plastics Europe).

 

Le recyclage chimique est le seul moyen de recycler de grands volumes d’emballages en plastique souple et autres mlanges de polythylne (PE) et polypropylne (PP) en plastique recycl de qualit alimentaire
 

 

Et pour obtenir certains plastiques recycls aptes au contact alimentaire,les industriels comptent sur le recyclage chimique, a expliqu Antoine Robichon. Mi-avril, seize multinationales ont confirm les propos du directeur gnral adjoint de Citeo charg de l’innovation. Elles estiment que le recyclage chimique est le seul moyen de recycler de grands volumes d’emballages en plastique souple et autres mlanges de polythylne (PE) et polypropylne (PP) en plastique recycl de qualit alimentaire.

En l’occurrence, la rforme de la gestion des emballages plastique intervient justement au moment o les pouvoirs publics entendent acclrer le dveloppement du recyclage chimique. Un appel projets, financ hauteur de 300millions d’euros, propose un volet consacr ces technologies innovantes.

Les annonces se multiplient

Paralllement, les annonces s’emballent. Trois acteurs ont annonc l’implantation d’usines de recyclage chimique de polythylne trphtalate (PET): l’amricain Eastman compte investir un milliard de dollars dans une usine gante de 160000tonnes par an (t/an); le canadien Loop Industries et Suez vont en construire une de 70000t/an; et Carbios en propose une de 50000t/an. Les deux premires units devraient tre implantes Port-Jrme-sur-Seine (Seine-Maritime) et la troisime Longlaville (Meurthe-et-Moselle).

Des projets, plus petits, sont aussi envisags pour recycler du PE et du PP: ExxonMobil et Plastic Energy en portent un de 25000 t/an Notre-Dame-de-Gravenchon (Seine-Maritime), quand TotalEnergies et Plastic Energy travaillent un autre de 15000t/an Grandpuits (Seine-et-Marne). Quant au polystyrne (PS), les acteurs concerns ont annonc, en janvier, vouloir dvelopper la filire. Deux projets pourraient aboutir: celui de Pyrowave et de Michelin (une unit de 15000 20000t/an Clermont-Ferrand, dans le Puy-de-Dme) et celui d’Ineos Styrolution (une unit de 15000t/an Wingles, dans le Pas-de-Calais).

Si, tous ces projets aboutissent, quelque 350000t/an de capacit de recyclage chimique devraient sortir de terre. titre de comparaison, les membres du Syndicat des rgnrateurs de matires plastiques (SRP), qui runit 80% des capacits de recyclage mcanique, ont annonc avoir recycl 535000tonnes en 2021. C’est donc une hausse d’environ 50% des capacits franaises de recyclage qui se prpare. Et en amont de la rforme de la reprise des emballages plastique, les recycleurs n’ont eu de cesse de demander aux pouvoirs publics de garantir que ces nouvelles capacits ne se substituent pas aux leurs.

Scuriser les approvisionnements

Avec la rforme, Citeo aura accs une partie des dchets d’emballage ds la sortie des centres de tri. Indirectement, les metteurs en march, reprsents par l’co-organisme, accderont la matire en amont du recyclage. Et cela, sans que les collectivits puissent ngocier la reprise des rsines puisqu’elles seront cdes en mlange et sans mise en concurrence.

Pour l’instant, explique un reprsentant de collectivits, la rforme ne change pas grand-chose puisque le flux concern, dit en dveloppement, contient des plastiques sans grande valeur: les films en PE et PP, les emballages en PET fonc ou opaque, les barquettes en PETclair, les pots en PS et les emballages rigides complexes. Ce flux prend mme une valeur ngative puisqu’il doit passer par une tape de surtri. Mais, si les solutions de recyclage chimique tiennent leurs promesses, les collectivits ne pourront pas faire jouer la concurrence pour valoriser ces rsines.

Un spcialiste du recyclage chimique confirme d’ailleurs que sourcer la matire premire sera le nerf de la guerre dans les annes venir. D’une part, les volumes ncessaires sont importants et, d’autre part, les installations sont sensibles la qualit des dchets en entre. Et ce qui vaut pour les recycleurs, vaut aussi pour les utilisateurs de matire recycle en aval. Les projets d’Eastman et de Loop industries ont dj nou des partenariats pluriannuels pour fournir du plastique recycl d’importants producteurs d’emballages: Procter&Gambel, Danone, L’Oral ou encore LVMH.

Le Cercle national du recyclage (CNR) estime mme que la situation fait naitre  un potentiel conflit d’intrts : L’Oral est la fois au capital de Carbios et au conseil d’administration de Citeo, pointe l’association.

Le PET prend de l’avance

Les projets lis au PET cristallisent ces inquitudes. Amorce explique que Citeo accdera directement quelque 55000 tonnes de PET color et 65000tonnes de barquettes en PET (si la collecte capte tout le gisement). La crainte concerne aussi (surtout?) les bouteilles en PET clair qui se recyclent mcaniquement. Ports par l’obligation d’incorporer 25% de recycl en 2025, la demande des recycleurs et les prix de reprise sont au plus haut. La rforme n’empche pas les collectivits de valoriser ces bouteilles comme elles le souhaitent, mais la consigne (ou le dveloppement de robots de collecte) pourrait capter ce flux en amont du bac jaune. Prs de 250000tonnes sont en jeu.

Certains observateurs estiment d’ailleurs que cette recherche de matire recycle alimente un engouement pour le PET. La question est dans la tte des metteurs au march頻, estime Antoine Robichon, de Citeo, expliquant que, sans solution rapide, les producteurs vont devoir abandonner les rsines non recyclables. Ils arbitrent donc entre le cot de dveloppement du recyclage et les investissements raliser pour changer de rsine. Comme l’a dj anticip Danone, en mai 2020,en annonant l’abandon, d’ici 2025,des pots de yaourts en PS au profit de pots en PET.

Et dans cette course la recyclabilit et au recyclage,cette rsine a pris de l’avance. Une tude du cabinet Xerfi, publie en janvier, notait que son utilisation progresse. Elle rappelle aussi, qu’en 2025, les bouteilles en PET devront incorporer 25% de rsine recycle pour se conformer la directive europenne SUP (pour Single-Use Plastics). Et Xerfi confirme bien que les acteurs du recyclage mcanique font face une double menace: le recyclage chimique et les manuvres des utilisateurs finaux pour remonter la chane de valeur. Pour beaucoup, il ne fait pas de doute que la rforme de la reprise des flux en dveloppement vient illustrer ces menaces.






Article publi le 28 avril 2022



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