l’opacit et la complexit des donnes nationales et europennes


Chaque anne, l’Union europenne, par le biais de l’Efsa, et le ministre de l’Agriculture chiffrent publiquement le taux de pesticides dans l’alimentation. Cette transparence apparente se heurte cependant la complexit de l’chantillonnage. Dcryptage.

La transparence se suffit-elle elle-mme? Au regard de ce que l’tat franais et mme l’Agence europenne de scurit alimentaire (Efsa) rendent publique s’agissant de la prsence de pesticides dans les denres alimentaires, la rponse est plutt ngative. Mme dconstruite, la diversit de la taille et des caractristiques des chantillonnages sur lesquels se basent toutes les analyses rendent cette volont de transparence plus opaque et confuse qu’il n’y parat.

Le brouillard s’claircit en France

L’information est publique et accessible, lorsqu’elle est demande, mais elle n’est pas communique comme il se doit, souligne Franois Veillerette, porte-parole de Gnrations futures. Le 30mars dernier, l’association a publi les rsultats du dernier plan annuel de surveillance de la direction gnrale de la Concurrence, de la Consommation et de la Rpression des fraudes (DGCCRF). Les donnes que cette dernire a fournies directement l’association portent sur les taux de dtection et de quantification de rsidus de plusieurs centaines de pesticides dans une liste de produits alimentaires d’origine vgtale prlevs au hasard dans le commerce. Et pour la premire fois, la provenance des quelque 2500chantillons, analyss en 2020, a t prcise : agriculture biologique ou conventionnelle (non bio). La prsentation des rsidus de pesticides dans les aliments vgtaux par l’ancienne mthode utilise jusqu’alors sous-estimait grandement le pourcentage rel d’aliments non bio contenant des rsidus de pesticides, explique Franois Veillerette.Les chantillons prlevs en 2019 et 2020 fournis par la DGCCRF nous permettent aujourd’hui de prsenter un pourcentage d’aliments vgtaux non bio contenant au moins un rsidu de pesticides plus proche de la ralit.

 

Nous demandons une publication transparente et complte
 

 

De ce que Gnrations futures a pu tudier, le taux de quantification (c’est–dire le nombre d’chantillons prsentant une concentration quantifiable d’au moins un pesticide, ou LQ) de l’ensemble des aliments vgtaux bio et non bio collects s’lve 45,9%.  C’est sur ce chiffre que l’tat aurait communiqu ordinairement auparavant, remarque l’ONG. On pensait alors ( tort) que cela concernait les productions de l’agriculture non bio seules. En ralit, pour les seuls produits issus de l’agriculture conventionnelle, le taux de quantification monte 54,5%. La DGCCRF mentionne mme un taux de dtection (o les traces d’au moins un pesticide ont t releves, sans possibilit de dterminer sa concentration exacte, ou LD) de 63,1%. Si l’ONG flicite la transparence de la DGCCRF son gard, elle dplore le fait que l’accessibilit de ces informations publiques ncessite une dmarche proactive de sa part. Nous demandons qu’une publication transparente et complte de ces chiffres soit ralise chaque anne!

Une complexit accrue sur le plan europen

D’autant que la publication la plus rcente en la matire de la part des autorits elles-mmes rend l’affaire encore plus floue. Le mme 30mars 2022, l’Efsa a dvoil le rapport du Programme europen pluriannuel de contrle coordonn des pesticides (EU MACP) pour l’anne2020. Ce dispositif runit les collectes des 27 tats membres de l’Union europenne ainsi que celles de la Norvge et de l’Islande. Ces donnes, chiffres 88000chantillons au total, s’appuient sur des produits agricoles ou alimentaires d’origine vgtale et animale vendus aux consommateurs, en provenance du pays collecteur-contrleur comme de l’tranger. L’chantillonnage peut donc varier en fonction de chaque contribution nationale. Pour le savoir, concernant par exemple la France, il faut cependant passer par des chemins de traverse. Le rapport voqu, l’information la plus accessible dlivre au public, peut facilement induire en erreur.

En effet, la communication de l’Efsa se focalise presque uniquement sur les rsultats d’un sous-ensemble de 12000chantillons choisis au hasard d’une liste de douze produits alimentaires, dont la carotte, le chou-fleur, le kiwi ou encore le foie de buf. Selon cette analyse, plus de 68,5% des produits sont dans les limites de dtection (LD), 29,7% dans les limites de quantification (LQ) et seulement 1,7% s’avre au-dessus des limites maximales rglementaires (LMR). Pour comparer ces chiffres la moyenne europenne du corpus complet (88000chantillons) ou aux donnes franaises, le rapport global de l’Efsa ne suffit pas. Il faut se tourner vers deux autres sources: une dclinaison graphique, partielle et absconse, des donnes de l’Efsa et le National Summary Report du Programme national pluriannuel de contrle des pesticides (MANCP), qui dtaille (presque) toutes les donnes fournies par chaque pays en 2020 et qui sont reprises dans le cadre de l’EU MACP.

Les soucis du dtail

   

Gradient du taux de dtection (sous la limite de quantification) de rsidus de pesticides dans l’alimentation dans les pays participant au EU MACP de l’Efsa.
© Efsa

 

   

D’une part, s’agissant de l’analyse de l’ensemble des donnes europennes, la dclinaison graphique nous apprend que la LD moyenne s’approche davantage de 54,6%, avec une LQ de 40,3% et une LMR oscillante entre 3,6 et 5,1%, selon les marges d’erreur prises en compte. Autrement dit: les rsultats portant sur l’ensemble des chantillons apparaissent plus ngatifs en termes de concentration mesure de pesticides que ceux du sous-ensemble de l’EU MACP. Selon l’interprtation de Gnrations futures, cette premire disparit entre les rsultats du sous-ensemble (12000donnes) et du corpus entier (88000) peut s’expliquer par la diffrence de taille de l’chantillonnage et le manque de prcision sur la proportion des produits tudis (alimentaires ou agricoles, d’origine bio ou non bio, etc.).

 

L’analyse de l’UFC-Que choisir
quelques jours des rapports de l’Efsa et de Gnrations futures sur les rsidus de pesticides dans l’alimentation, l’Union fdrale des consommateurs (UFC-Que choisir) a transmis sa propre analyse sur le sujet. Se basant sur un ensemble de 14 000 chantillons (d’origine animale ou vgtale, bio ou non bio) collects, en 2019, par la DGCCRF et la DGAL, elle a prsent les taux moyens de dtection (LD) et de quantification (LQ) de 150 pesticides considrs cancrognes, mutagnes ou reprotoxiques (CMR) mme trs faibles doses ou par effet cocktail. Son analyse porte plus prcisment sur un sous-ensemble de 5000produits vgtaux issus de l’agriculture conventionnelle, ceux pour lesquels les donnes taient les plus solides, prcise l’association. Rsultat: 51% prsentent les traces (LD) d’au moins un pesticide CMR et 30% d’au moins deux, pour une LQ moyen de 43%. La rglementation actuelle ne permet pas de garantir l’absence de risque dans les aliments, en dduit l’UFC-Que choisir. Ses contrles tiennent essentiellement compte des limites maximales de rsidus autoriss (LMR). Cette conformit est une notion obsolte qui n’offre pas de protection suffisante.

 

D’autre part, concernant les donnes fournies par la France dans le cadre du MANCP 2020, l’histoire se brouille encore d’un cran. Si l’tat prsente aux Franais sous certaines conditions, dcrites plus haut son analyse nationale en se basant uniquement sur le plan de surveillance de la DGCCRF, ce n’est pas ce qu’elle rend compte sur le plan europen. Les donnes franaises, dtailles dans le National Summary Report 2020 de l’Efsa, proviennent autant de la DGCCRF que de la direction gnrale de l’Alimentation (DGAL). Cette dernire collecte seulement les produits agricoles avant leur ventuelle transformation et leur vente aux consommateurs. La France a ainsi fourni un total de 7830chantillons issus de:

– La DGCCRF: le plan annuel de surveillance2020 (analys par Gnrations futures) ainsi qu’un plan de contrle (mlangeant produits d’origine animale et vgtale, bio et non bio) et un plan de contrle des imports (idem), raliss ponctuellement;

– La DGAL: un plan annuel de surveillance (produits vgtaux), un plan de contrle des produits animaux, un plan de contrle des produits vgtaux et un plan de contrle de produits vgtaux et animaux prlevs en Guadeloupe et en Martinique, consacr exclusivement au chlordcone.

De cette ribambelle d’chantillonnages, aucun ne prcise l’origine, bio ou non bio, des denres collectes.

Pour connatre les rsultats nationaux obtenus grce ces plans de surveillance, il faut revenir aux infographies de l’Efsa dj cites. D’aprs ces dernires, 72,8% des 7380chantillons franais comportent des rsidus de pesticides en dessous des limites de quantification (donc entre LD et LQ) et 27,2% au-dessus. Le LMR moyen franais est, quant lui, de l’ordre de 4,57%. L encore, Gnrations futures regrette une telle disparit dans les chantillonnages et les analyses qui en dcoulent. Les conclusions restent similaires: le LMR moyen reste proche des 5%. L’information brute sur laquelle elles s’appuient peut nanmoins changer du tout au tout en l’inspectant de plus prs.

L’association ne se lamente pas pour autant, mais elle milite pour une plus grande clart l’avenir, rappelant la dangerosit de certaines des substances analyses mme l’tat de traces. Savoir si les rsidus de pesticides dpassent ou non les limites lgales dans nos denres alimentaires est ncessaire, mais il n’est pas inintressant de savoir galement si nous en dtectons, tout simplement, conclut son porte-parole, Franois Veillerette. Certaines de ces substances constituent des perturbateurs endocriniens mme de trs faible concentration. Par consquent, rendre l’information la plus claire et visible possible doit tre un principe respecter.









Article publi le 08 avril 2022



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