« Nous voulons un mix énergétique 100 % public, 100 % décarboné »


Fabien Roussel, candidat du Parti communiste français (PCF) à l’élection présidentielle, répond aux questions qu’Actu-Environnement a adressées à l’ensemble des candidats. Les interviews sont publiées dans l’ordre de leur réception.

   

« Nous voulons un mix énergétique 100 % public, 100 % décarboné »

Fabien Roussel
Candidat PCF à l’élection présidentielle

   

Actu-Environnement : Quel mix énergétique souhaitez-vous développer ? Quelle place accorderez-vous aux énergies renouvelables ?

Fabien Roussel : Nous voulons un mix énergétique 100 % public, 100 % décarboné. Le réchauffement climatique est là, ses conséquences sont palpables dans le monde. En ce qui nous concerne, en France, nous devons réduire l’utilisation de nos énergies fossiles dans les secteurs les plus émetteurs, comme le transport, les procédés industriels, le logement et les bâtiments. Ce qui implique d’opérer un transfert d’usage en substituant aux énergies fossiles une électricité décarbonée, non émettrice de CO2. Il nous faudra donc plus d’électricité, de l’ordre de 60 %. Nous mettrons en œuvre un projet d’investissement afin de décarboner massivement la production d’énergie et atteindre la neutralité carbone à l’horizon 2040-2050.

Et notre pays a un avantage certain, puisque notre électricité est décarbonée à plus de 90 % grâce au mix électrique composé à la fois d’énergies renouvelables, avec nos barrages hydrauliques, le solaire, l’éolien, et l’électronucléaire. C’est un avantage indéniable que nous comptons préserver. Notre pays est un des pays européens les moins émetteurs de CO2. Ses émissions sont inférieures de 40 % à la moyenne européenne. En termes d’émissions carbone, c’est certes un avantage pour nous en France, mais ça l’est également pour tous les ressortissants de l’UE.

Parce que nous avons besoin d’une production d’électricité plus importante, il faut qu’elle soit pilotable, c’est-à-dire disponible à tout moment car, à ce jour, l’électricité ne se stocke pas et nous ne pouvons pas être tributaire du vent et du soleil pour faire tourner notre économie. L’énergie nucléaire répond à cette exigence, c’est pour cela que nous la défendons et voulons l’inscrire comme énergie d’avenir. C’est dans ce sens que nous proposons de construire six EPR 2 a minima, d’aller vers le prolongement de notre parc nucléaire actuel au-delà de quarante ans en fonction des visites décennales et de la validation par l’ASN (Autorité de sûreté nucléaire, ndlr), nous sommes également pour démarrer l’EPR de Flamanville et relancer le programme Astrid. C’est nécessaire si l’on veut répondre aux besoins.

Les objectifs actuels de la PPE (Programmation pluriannuelle de l’énergie, ndlr) devront être revus, entre autres sur la production d’énergies renouvelables en veillant à ce que leur développement soit techniquement admissible pour la stabilité du réseau. S’assurer que leur développement sera concerté localement, répondra à un intérêt national et non à celui des fonds d’investissements ou sociétés multinationales. C’est pour cela, que les ENRi (énergies renouvelables intermittentes, ndlr) doivent être mises sous contrôle public afin de contrôler leur futur développement et leur exploitation actuelle. Les fermetures prématurées de centrales nucléaires envisagées dans la PPE seront reportées, si cela est possible techniquement (avis de l’ASN). La reconversion des centrales thermiques sera accélérée. Les techniques propres, avec captage et séquestration ou recyclage de CO2, doivent être développées.

Nous voulons donner une puissante impulsion à la recherche. Elle permettra de mettre au point des solutions technologiques répondant aux critères écologiques (décarbonations, dépollutions), et sociaux (bas prix de l’énergie pour tous les usagers ou consommateurs, anticipation et planification des emplois), indispensables pour une transition énergétique réussie. Elle devra concerner tous les modes de production d’énergie décarbonée (renouvelables, nucléaire de fission et de fusion), comme leur interaction sur le réseau (stockage, pilotage, etc.).

AE : Comment comptez-vous encourager la rénovation énergétique des logements, en particulier des passoires thermiques et du bâti tertiaire ?

FR : Pour accélérer la rénovation énergétique des logements et bâtiments, il faut privilégier les rénovations globales et augmenter très fortement le financement d’État. Ainsi, je propose d’investir 23 milliards d’euros par an sur cette grande priorité, soit :

– 10 milliards par an pour la rénovation globale de 700 000 logements privés par an,
– 3 milliards par an pour la rénovation globale de 150 000 logements sociaux par an,
– 7 milliards par an pour encourager la rénovation énergétique des bâtiments publics,
– 3 milliards par an pour remplacer les 3,5 millions de chaudières au fioul par des chaudières respectueuses de l’environnement.

AE : Comment pensez-vous réduire les émissions de gaz à effet de serre dans les secteurs des transports ? Comment encouragez-vous les mobilités bas carbone pour les personnes et les marchandises ?

FR : La réduction des émissions de gaz à effet de serre dans le secteur des transports passera par plusieurs voies :
– augmentation forte des transports publics, avec la gratuité sur tous les réseaux et 3 milliards par an supplémentaires d’investissements dans les infrastructures,
– augmentation très forte du nombre de déplacements en train, avec 5 milliards par an d’investissements supplémentaires, une baisse de 30 % des prix du train, et la gratuité du TER sur les trajets domicile-travail,
– passage au plus vite à plus de 12 % de part modale du vélo, via la réalisation d’un réseau de 100 000 kilomètres de voies cyclables, grâce à un budget vélo de l’État de 1 milliard par an, et une TVA à 5,5 % sur l’achat de vélos,
– une électrification la plus rapide possible du parc, avec un équipement rapide du pays en bornes de recharge électrique,
– la réduction du poids moyen des voitures grâce à un alourdissement du malus automobile au poids,
– le passage à 30 % de part modale pour le fret ferroviaire et à 10 % de part modale pour le fret fluvial grâce à 1 milliard supplémentaire d’investissements par an et une TVA à 5,5 %.

AE : Quel modèle agricole souhaitez-vous développer ? Quelle place pour la biodiversité dans ce modèle ? Et comment organisez-vous le partage de la ressource en eau entre les différents usagers et le milieu naturel (recharge de nappe, zones humides, etc.) ?

FR : Nous engagerons la transformation agroécologique de l’ensemble de nos systèmes agricoles. Nous présenterons en ce sens, dès le début du mandat, une loi d’orientation et de programmation pour une agriculture et une alimentation durables. Ce texte visera à répondre à la fois aux nouveaux besoins alimentaires, aux objectifs climatiques de la SNBC (Stratégie nationale bas carbone, ndlr) et à la protection de biodiversité ordinaire en soutenant prioritairement les exploitations de taille humaine et familiales. Des soutiens spécifiques seront créés ou renforcés en faveur : des productions en agriculture biologique et sous signes officiels de la qualité et de l’origine ; de l’allongement des rotations culturales ; de l’implantation de légumineuses (protéines végétales pour l’alimentation humaine et meilleure autonomie des exploitations en élevage) ; d’un vrai plan de développement de l’agroforesterie et de plantation de haies ; de la baisse massive du recours aux engrais azotés et pesticides de synthèse ; de la protection des ressources en eau et de la biodiversité ; du renforcement des circuits courts et de proximité.

Notre programme de transformation agroécologique porte aussi des mesures structurelles fortes :
– la préparation d’une « Conférence européenne sur la souveraineté alimentaire » pour poser les bases d’une nouvelle Politique agricole et alimentaire commune (PAAC) ;
– une garantie des revenus des agriculteurs avec des prix de référence par production et un pouvoir direct d’intervention de l’État en cas de crise ;
– un objectif ambitieux d’installation pour atteindre 500 000 actifs agricoles en 2030, sans lequel il n’y a pas de transformation possible ;
– une lutte déterminée contre les importations déloyales et les dumpings sociaux et environnementaux en agriculture (principe de réciprocité et sortie du secteur agricole des traités de libre-échange) ;
– la création d’un régime public et solidaire d’assurance et de prévention contre les aléas climatiques, sanitaires et environnementaux couvrant tous les agriculteurs (proposition de loi Chassaigne n° 2809).

AE : Comment comptez-vous lutter contre l’artificialisation des sols ? Et comment pensez-vous accompagner les collectivités locales sur cet enjeu d’aménagement du territoire ?

FR : Je suis favorable à atteindre le plus vite possible l’objectif de zéro artificialisation nette. Il est indispensable pour cela de relancer la politique nationale d’aménagement du territoire et de négocier des avenants aux contrats de plan État-Région augmentant très fortement les moyens pour l’aménagement du territoire, y compris la végétalisation des villes et la désartificialisation des sols. Il faut encourager très fortement la réindustrialisation du pays, et son rééquilibrage. Il faut arrêter la course à la métropolisation et, au contraire, privilégier le développement des villes moyennes et « démétropoliser » la France. Pour limiter l’étalement urbain, je propose de mettre en place au plus vite la gratuité des transports publics, qui rend l’habitat autour des gares et des stations de transport public beaucoup plus attractif. Par ailleurs, il faut engager une politique beaucoup plus active d’urbanisme commercial, pour réduire la part de marché des centres commerciaux et hypermarchés et augmenter celle des supermarchés et des petits commerces, toujours pour limiter l’étalement urbain et les déplacements automobiles.

AE : Souhaitez-vous encadrer davantage l’industrie en ce qui concerne la prévention et la gestion des risques technologiques ? Quelle politique proposez-vous pour mieux prévenir les risques sanitaires ?

FR : Notre pays compte 1 312 sites classés Seveso, ayant une activité avec des substances dangereuses. L’accident survenu à Lubrizol a mis en évidence les failles dans la prévention des risques technologiques. Nous avons depuis cet accident mis l’accent sur la nécessité de sanctuariser les moyens dédiés au contrôle et à la surveillance de ces sites industriels sensibles, en les affranchissant des logiques de réduction des moyens et des emplois qui pèsent sur les services préfectoraux et notamment sur les Dreal. Les contrôleurs actuels de ces sites ont déjà une masse colossale de travail et des tâches diversifiées. Nous préconisons donc, dans le prolongement de la commission d’enquête parlementaire conduite en 2019 à la suite de l’accident de Lubrizol, la création d’une Autorité de sûreté des sites Seveso indépendante, dotée de moyens autonomes et suffisants, à l’image de l’Autorité de sûreté nucléaire, afin d’assurer une transparence totale et rebâtir le lien de confiance avec les populations riveraines. Nous nous prononçons également en faveur du rétablissement des CHSCT (comités d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail, ndlr) dans les sites concernés, car la protection de la santé et de la sécurité des salariés, qui sont les meilleurs connaisseurs des installations, constitue également une protection pour l’ensemble des habitants vivant à proximité et pour l’environnement.

En matière de prévention des risques sanitaires, nous sommes, là encore, confrontés à un problème de moyens budgétaires et humains. Si nous prenons l’exemple de la sécurité sanitaire de l’alimentation, les leçons du scandale Lactalis n’ont à l’évidence pas été tirées. Nous proposons, pour notre part, là encore, de suivre les recommandations émises dans les rapports d’enquête parlementaire : la création d’une autorité unique de contrôle, le recrutement de plusieurs centaines d’emplois à même de réaliser des contrôles aléatoires, une meilleure information des autorités publiques sur les autocontrôles effectués par les industriels et l’instauration d’une taxe sur les industries agroalimentaires permettant de couvrir les coûts de maîtrise des risques sanitaires.

AE : Comptez-vous modifier la fiscalité environnementale ? Pour encourager les comportements écologiquement vertueux et/ou taxer les comportements polluants ?

FR : Je suis favorable au renforcement de la fiscalité environnementale. Ainsi, le malus automobile au poids sera fortement augmenté pour faire évoluer le parc automobile, dont le poids moyen a très fortement augmenté depuis plusieurs décennies. Pour le trafic aérien, je renforcerai les contributions environnementales, en particulier pour les jets privés et les voyages en classe affaires. Les transports publics seront gratuits, et les transports en train longue distance verront leur prix baisser de 30 %. Par ailleurs, tous les biens très vertueux pour l’environnement bénéficieront d’une fiscalité abaissée à 5,5 %, soit par exemple les achats de vélo, le fret ferroviaire, le fret fluvial et les matériaux de construction bio et géosourcés.

AE : Quelle place accorderez-vous à la parole des citoyens dans l’élaboration de la politique environnementale ?

FR : Nous voulons donner plus de poids au Cese (Conseil économique, social et environnemental, ndlr) en permettant à ses avis d’être mis au débat du Parlement. Et dans la même veine, nous n’imaginons pas l’élaboration de toute politique sans une politique de consultation des syndicats, des associations… Enfin, nous pensons qu’il est nécessaire de donner une parole directe aux citoyens en utilisant le référendum sur les grandes questions qui font débat.

AE : Quelle place et périmètre d’action confierez-vous au ministère chargé des enjeux environnementaux ?

FR : Une place à l’aune des urgences environnementales. La proposition de mettre 140 milliards d’euros par an (6 % du PIB, conformément aux propositions du Giec) pour la politique climatique française montre le niveau d’ambition que nous avons en la matière. Cette politique climatique impliquera des actions dans le domaine des transports, du logement, de l’agriculture, de l’énergie… avec un rôle de coordinateur des réunions interministérielles assuré par le (la) ministre de l’Écologie.

Article publié le 07 avril 2022



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