tude de cas chez un agriculteur de l’Aube


La restauration des haies est possible, mme dans une rgion d’agriculture intensive. Focus sur le projet de Vincent Simonnet, un agriculteur de l’Aube qui va replanter 5 km de haies avec l’aide de l’tat mais aussi de la fdration des chasseurs.

Les arbres et les haies sont rares Saint-Lupien. Dans ce petit village de l’Aube, situ une trentaine de kilomtres l’ouest de Troyes, dans la Champagne crayeuse, dominent les cultures intensives de crales et de betteraves. Mais Vincent Simonnet, qui a repris la ferme de son beau-pre en 2010, a dcid de changer les choses. Il a converti l’exploitation en bio et s’est lanc dans le marachage, fournissant trois associations pour le maintien de l’agriculture paysanne (Amap) en banlieue parisienne, mais aussi les Restos du cur, une entreprise de restauration collective et un magasin bio dans l’Aube.

Depuis longtemps dj, il avait le projet de replanter des haies, mais aussi des arbres isols sur les terres qu’il cultive. J’ai la passion de l’arbre et tout ce qu’il peut apporter dans un cosystme. Si on conduit nos parcelles bio comme on les conduit en conventionnel, il n’ y a aucun intrt , explique le cultivateur.

Plantation de pommiers

Le projet d’agroforesterie a commenc se concrtiser il y a deux ans, avec la plantation de prs de 150pommiers dans les prairies o l’agriculteur levait auparavant des moutons, levage qu’il a abandonn en 2016. Pour cela, il est pass par la socit Pur Projet, qui met en uvre des oprations de compensation carbone d’entreprises via des projets d’agroforesterie et d’agriculture gnratrice. Cette socit, qui revendique 18millions d’arbres plants et 50000agriculteurs soutenus dans 31pays, avait pris en charge les cots de l’opration hauteur de 80%. Vincent Simonnet compte l’avenir sur les pommes et le jus produits par ses arbres qui pourront complter les paniers de lgumes des Amapiens.

Mais il souhaite dsormais s’orienter vers d’autres partenaires pour des raisons thiques, aprs avoir appris que ces premires plantations avaient t finances par des grands groupes tels que Total ou L’Oral. Ce qui m’embte l-dedans, c’est que je lgitime leur projet industriel. Si tous les paysans refusaient leurs arbres, ils seraient obligs de rflchir autrement pour produire moins de CO2 , explique l’agriculteur.

Cet adhrent de la Confdration paysanne souhaite donc se tourner vers d’autres partenaires et s’intresse l’association Des enfants et des arbres, qui cherche sensibiliser les enfants des coles l’intrt de l’agroforesterie et des haies champtres. L’aspect pdagogique, je suis fond l-dedans , explique celui qui a aussi t ducateur spcialis pendant trois ans, avant de reprendre l’exploitation qui le fait vivre aujourd’hui. Avant de se lancer, Vincent Simonnet souhaite toutefois s’assurer que le financement de cette association est bien en phase avec son thique. En attendant, il a organis, en dcembre dernier, une journe de plantation de nouveaux pommiers avec les adhrents des Amap.

Opportunit indite

Mais une opportunit indite s’est prsente avec le plan de relance lanc, en septembre 2020, par le gouvernement. Dans ce cadre, ce dernier a allou une enveloppe nationale de 50millions d’euros (M€) sur deux ans la plantation de 7000km de haies et la gestion durable des haies existantes. Vincent Simonnet a saut sur l’occasion et postul l’appel projets en bnficiant d’un accompagnement de la fdration dpartementale des chasseurs, qui est l’une des structures d’animation du plan de relance dans la rgion.

J’accompagne les agriculteurs dans la dmarche suivre, car il y a quand mme pas mal de paperasse remplir. On aide sur les devis car on a l’habitude de travailler avec des ppinires qui nous fournissent de la qualit , explique Nell Brissard-Cozler, charg du plan de relance au sein de la fdration des chasseurs.

Dans ce cadre, l’agriculteur a prvu la plantation de 5kilomtres de haies, reprsentant une surface de 3hectares environ, sur les 83hectares qu’il cultive. Le cot est de 13,47euros du mtre linaire, soit un cot d’ensemble du projet qui avoisine les 70000euros. Cela couvre les arbres, la plantation, le paillage et la protection des plants. L’opration sera finance, sans bourse dlie, 90% par l’tat et le reste par la fdration des chasseurs. La partie prise en charge par cette dernire est finance la fois par des fonds propres des chasseurs rservs l’implantation de haies et par l’cocontribution issue de la loi de 2019 crant l’Office franais de la biodiversit (OFB).

L’agriculteur a fait le choix d’une double haie, constitue d’arbres de haute tige d’un ct et d’arbustes de l’autre. Le nombre d’essences sera limit sept ou huit du fait de l’accent mis sur les essences locales et la nature crayeuse de la terre, qui limite les possibilits. L’ide est d’avoir des arbres qui fleurissent de faon continue sur l’anne pour que les abeilles puissent trouver manger en permanence et que les auxiliaires de culture puissent vivre , explique Vincent Simonnet. Les deux strates de vgtation doivent permettre d’intresser des types d’espces diffrents.

Les plantations seront ralises durant l’hiver prochain par les lves de deux lyces agricoles et d’un lyce forestier de la rgion, sous le contrle de l’agriculteur et de l’animatrice. Le paillage, ralis en paille de chanvre, doit permettre aux arbres de bien se dvelopper et retournera au sol une fois que ce sera le cas. Les protections de plants, constitus quant elles de plastique, permettront de repousser les attaques des chevreuils et des lapins sur les jeunes arbres. Mais, avant cela, Vincent Simonnet doit aussi recueillir l’autorisation des huit propritaires des terres qu’il exploite en fermage. L’issue semble au moins favorable pour sept d’entre eux, ce qui reprsente dj 60hectares.

Remettre de la vie dans les terres

Qu’attendre de l’opration? D’abord remettre de la vie dans des terres qui en sont de plus en plus dpourvues. On constate un dclin des oiseaux et des insectes, explique Nell Brissard-Cozler.La perdrix se retrouve dpourvue de cachette et de nourriture parce qu’il n’y a presque plus de haies, ni d’insectes. Les populations diminuent d’anne en anne, illustre la charg d’tudes biodiversit de la fdration de chasseurs. Malgr cette diminution du gibier, la chasse est toujours pratique et continuera l’tre sur l’exploitation agricole. Elle ne me gne pas, explique d’ailleurs M. Simonnet. Il y a de moins de moins de chasseurs et on les voit pas.

Mais l’action de la fdration des chasseurs ne se limite pas la seule protection du gibier, prcise Mme Brissard-Cozler. Il y a aussi le ct trame verte et bleue: on travaille sur les corridors cologiques en partenariat avec le schma de cohrence territoriale (Scot) des territoires de l’Aube , ajoute celle qui est aussi charge de mission faune au sein du bureau d’tudes V.natura.

On va recrer un cosystme, qui ira du puceron jusqu’au renard, et une chane alimentaire , s’enthousiasme Vincent Simonnet. Le retour des haies devrait en effet permettre de ramener des oiseaux, des insectes, des auxiliaires de culture, comme les coccinelles qui mangeront les pucerons, dtaille le paysan. L’ide est de rcrer un microclimat autour d’une parcelle , explique-t-il. Les haies serviront de brise-vent pour les cultures et limiteront l’rosion des sols. Nos terres sont tellement travailles qu’elles sont devenues de la poussire , constate amrement l’agriculteur bio.

Ironie de l’histoire

compter des annes 1950 et jusqu’ peu, on a retir des haies foison ici. Aujourd’hui, on fait machine arrire, on repaie pour remettre des arbres , ajoute le maracher. Ironie de l’histoire, mon pre, terrassier, a particip ces oprations de dforestation , se remmore le quadragnaire. Mais tous les agriculteurs ne sont pas prts pour autant oprer cette conversion, comme le montre la difficult planter des haies mitoyennes.

Certains ont peur des pertes de rendement qui pourraient tre constates court terme du fait de la rduction de la surface cultive. Pourtant, les services que les haies vont apporter devraient l’avenir compenser ces pertes. Mais cela, je ne pourrai le dire que dans dix ans , explique Vincent Simonnet, car la reconstruction des cosystmes demande du temps. terme, ce dernier compte valoriser la taille des haies: le bois ramal fragment (BRF) sera remis dans la parcelle, apportant une rsistance la scheresse et dveloppant la vie du sol. Il y aura une vraie cohrence , se flicite-t-il.

Mais l’agriculteur ne souhaite pas s’arrter l. Avec le soutien Des enfants et des arbres, il aimerait mailler le territoire avec davantage de haies encore, de manire crer de mini parcelles de marachage sur 1 ou 2hectares. J’aimerais vraiment le faire avec les enfants, on pourrait faire des haies nourricires. Ce serait gnial , projette-t-il. De quoi concilier ses deux passions: le social et l’agriculture.


Article publi le 04 avril 2022



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