« On risque de ne plus pouvoir rénover correctement certains logements »


En ce début 2022, Maxime Jacquier, président du groupement des professionnels des CEE, alerte l’État sur la baisse des cours et des primes qui impacte la filière de l’isolation et le soutien aux ménages en précarité énergétique.

   

Baisse du prix des CEE : « On risque de ne plus pouvoir rénover correctement certains logements »

Maxime Jacquier
Président du Groupement des professionnels des certificats d’économies d’énergie (GPCEE)

   

Actu-Environnement : Le secteur de la rénovation énergétique alerte sur la baisse des prix des certificats d’économies d’énergie (CEE) qui serait de 30 % en un an pour le CEE « classique » et « précarité ». Cette 5e période réduit aussi les primes pour l’isolation. Le marché est-il compromis ?

Maxime Jacquier : Cette 5e période risque en effet de le compromettre, et au mieux de nous faire perdre un temps et des savoir-faire précieux. Les entreprises avec qui nous discutons nous disent avoir investi en emplois et formations pour développer une isolation de qualité sur des volumétries importantes. Aujourd’hui, le coup d’arrêt sur l’isolation, avec la fin des « coups de pouce » en juillet 2021 et la révision des forfaits pour ces travaux, risque au-delà des licenciements en cours d’éloigner définitivement des entreprises compétentes de ces typologies de travaux. Surtout, l’isolation de l’enveloppe est le premier geste à faire lorsqu’on rénove un logement, avant même de parler de chauffage. On risque donc de ne plus pouvoir rénover correctement certains logements, et par ailleurs être en incapacité de proposer des bouquets de travaux complets comme la rénovation globale.

AE : Les ménages les plus précaires sont les plus exposés, faut-il rehausser le niveau d’obligation pour les CEE précarité sur la 5e période ?

M. J. : Les ménages les plus modestes ont par essence de faibles capacités d’investissement. Or, la baisse des primes CEE va augmenter mécaniquement le reste à payer des ménages, en particulier auprès des plus précaires. Certains acteurs de la filière de l’isolation sont déjà forcés de se tourner vers des ménages capables d’absorber ce coût afin de maintenir un volume d’activités. C’est donc un vrai risque. Ce serait un signal fort de rehausser l’obligation de la période notamment pour les ménages en précarité.

AE : Le ministère de la Transition écologique indique chercher « les bons leviers » pour remonter les prix des CEE et attend mai prochain pour faire un bilan. Ce timing est-il tenable ?

M. J. : Nous avons effectivement entendu ces éléments. Nous alertons simplement sur l’effet trompe-l’œil que peut être le dynamisme de MaPrimeRénov’, qui bénéficie sans doute du manque d’attractivité du CEE par effet de report. En outre, si la dynamique en matière de volumes de CEE délivrés semble plutôt bonne, il faut se méfier de l’effet de décalage entre les engagements des travaux et la délivrance des dossiers : à titre d’exemple, on note un ralentissement de 40 % par rapport au volume engagé en « coups de pouce », il y a très exactement un an.

Nous pensons également que le temps joue contre nous, et qu’une décision la plus amont possible serait la plus efficace pour répondre aux attentes des acteurs.








Article publié le 02 mars 2022



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