les missions mondiales sont plus importantes qu’il n’y parat, selon l’AIE


L’Agence internationale de l’nergie ajuste aujourd’hui le bilan annuel des missions mondiales de mthane: il est de 70% suprieur ce qui tait rapport jusqu’alors. Elle met en cause des fuites majeures, recenses travers le monde par satellite.

Non seulement le mthane (CH4) est plus problmatique pour le climat que n’importe quel autre gaz effet de serre, mais l’activit humaine en met galement plus qu’on ne le pensait, selon un nouveau rapport de l’Agence internationale de l’nergie (AIE). Dans son Global Methane Tracker 2022 , cette dernire affirme que les missions plantaires de CH4 issues du secteur de l’nergie sont suprieures de 70% celles rapportes officiellement par les diffrents pays du monde. Cette diffrence statistique s’appuie sur de nouvelles mesures satellitaires, lesquelles ont recens de nombreuses fuites non-communiques.

Grce la disponibilit de nouvelles donnes, il devient d’autant plus clair qu’ peu prs tous les inventaires nationaux sous-estiment les volumes d’mission de mthane rapports, nonce l’AIE. Les missions recenses sur des sites d’extraction [de gaz] ou des infrastructures spcifiques sont systmatiquement plus basses que celles observes par le monitoring systmatique actuel. L’agence souligne que les donnes officielles, collectes notamment dans le respect de la Convention-cadre des Nations unies pour les changements climatiques (Ccnucc), prsentent rarement des mesures directes.

   

Comparaison des bilans d’missions de mthane attaches au secteur de l’nergie, figurant dans les contributions dtermines au niveau national et les donnes de l’AIE en 2021.
© AIE

 

   

Certaines contributions dtermines au niveau national (NDC) n’ont pas t mises jour depuis des annes ou ne comportent pas un inventaire assez prcis. De plus, des dispositifs lancs pour y remdier, comme l’Observatoire international des missions de mthane (IMEO) du Programme des Nations unies pour l’environnement (Pnue) ou la Capacit europenne de surveillance des missions anthropiques de dioxyde de carbone (CO2MVS) du programme Copernicus, n’ont pas encore tout fait ports leurs fruits. Cependant, de nouvelles avances scientifiques dans le domaine de l’observation satellitaire permettent aujourd’hui de mettre en lumire des fuites majeures de mthane travers le monde.

La traque aux fuites de mthane

Pendant deux ans, des chercheurs du Laboratoire des sciences du climat et de l’environnement CNRS-CEA se sont associs aux experts de la socit Kayrros, pour passer au peigne fin des milliers d’images prises par le satellite Sentinel-5P de l’Agence spatiale europenne (Esa). Ensemble, ils ont cartographi 1 800 panaches de mthane, contribuant hauteur de 8 12% aux missions mondiales du secteur ptro-gazier (soit 8 millions de tonnes par an, ou MtCH4/an). Leur analyse a t publie dans la revue Science, le 3 fvrier dernier.

Les fuites les plus importantes, qualifies d’vnements ultra-metteurs, mettent plus de 25 tonnes de CH4 par heure, entre 50 et 150 fois par mois en moyenne. Selon les scientifiques franais, si elles peuvent tre accidentelles, ces fuites constituent, le plus souvent, des rejets non dclars par les exploitants lors d’oprations de maintenance. La majorit de ces vnements ultra-metteurs ont t dtects dans 15 pays, dont les tats-Unis (en particulier au Texas), la Russie, l’Iran, l’Algrie, le Kazakhstan et le Turkmnistan (comprenant un tiers de ces vnements, lui seul). En 2021, selon l’AIE, ces fuites ont reprsent 6% des missions totales de mthane de l’activit ptro-gazire de ces pays, soit environ 3,5 MtCH4.

Cela tant dit, les mesures sont elles-mmes limites. Les satellites sont incapables de dtecter des panaches de gaz dans les hautes latitudes, ce qui restreint par exemple leur dtection en Russie et au Canada, ou au travers des nuages couvrant notamment des pays de l’quateur. Si tout le mthane ainsi rejet en 2021 avait t captur et vendu, le march international du gaz aurait bnfici d’un lot supplmentaire de 180 milliards de mtres cube de gaz naturel soit l’quivalent de la totalit du gaz utilis dans le secteur de l’nergie en Europe, estime nanmoins l’AIE.

Des missions en augmentation

 

Presque toutes les missions issues des oprations ptro-gazires pourraient tre vites sans le moindre cot net
 

 

En prenant en compte les fuites observes par satellite, l’agence estime la quantit mondiale de mthane, mis par le secteur de l’nergie en 2021, 135 millions de tonnes. Ce chiffre reprsente 40% des missions totales de mthane d’origine anthropique et constitue une augmentation de 5% en un an. Les missions mondiales de CH4 du secteur nergtique pourrait baisser de 90% si tous les pays metteurs pouvaient galer le taux d’mission de la Norvge, le plus bas au monde, remarque l’AIE qui place la Chine (28 MtCH4/an), la Russie (18 MtCH4/an) et les tats-Unis (17 MtCH4/an) dans le triste top trois des pays viss. Hormis les tats-Unis, aucun des pays les plus metteurs de mthane n’a sign le Global Methane Pledge  lors de la COP 26, en novembre 2021, et ne s’est ainsi engag rduire ces missions de 30% d’ici 2030.

Le bilan de l’anne 2021 comprend galement, pour la premire fois, le compte des missions nationales issues des mines de charbon et de la filire bionergie. Des 135 MtCH4 mis en 2021, 42 Mt proviendraient de l’exploitation de mines de charbon, soit plus que l’activit ptrolire (41 Mt) ou l’extraction et le transport du gaz naturel (39 Mt). Selon l’AIE, le mthane mis par les mines de charbon chinoises quivaut la totalit des missions de dioxyde de carbone (CO2) issues du transport maritime international. Par ailleurs, concernant la filire bionergie, la combustion incomplte du bois ou d’autres types de biomasse solide serait responsable de l’mission de 9 MtCH4 en 2021.

Comment rduire?

Si tous les pays du monde mettaient en uvre des mesures efficaces, qui ont dj fait leur preuve dans divers scnarios, cela rduirait de moiti les missions actuelles de mthane issues de l’activit ptro-gazire, avance l’AIE. Ces mesures comprennent l’interdiction du torchage (en dehors des cas d’urgence) ainsi que l’instauration de dispositifs de dtection des fuites, afin de les combler avant qu’elles ne deviennent ultra-mettrices et de remplacer l’quipement dfectueux. L’AIE encourage galement les entreprises adopter une approche zro-tolrance, plutt que des objectifs de rduction.

La mise en place de telles mesures parviendrait rduire de 75% la quantit de mthane mis, au niveau mondial, par le secteur de l’nergie. Et au directeur de l’AIE, Fatih Birol, de conclure: Aujourd’hui, aux prix croissants du gaz naturel, presque toutes les missions issues des oprations ptro-gazires pourraient tre vites sans le moindre cot net.









Article publi le 01 mars 2022



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