un phénomène urbain source de désordres… et de solutions (3/3)


Paris et sa région sont parmi les plus touchées par le street pooling. Retour sur les moyens mis en œuvre par le Syndicat des eaux d’Île-de-France et la régie autonome Eau de Paris pour limiter le phénomène.

Après quelques épisodes d’ouvertures isolés, le phénomène du street pooling a explosé à Paris et dans sa région en 2017. La capitale et sa petite couronne présentent une particularité par rapport à la grande couronne et la province : elles disposent en majorité de bouches et de peu de poteaux incendie. Ce qui peut présenter un petit avantage. « Les trottoirs sont déjà excessivement encombrés, la Ville de Paris a préféré utiliser les systèmes de bouches, souligne Sandrine Lemaire, responsable adjointe au service défense extérieure contre l’incendie et fontaines chez Eau de Paris. Elles sont accolées à un regard pour accéder à l’égout : ainsi, notre chance est que tout le dispositif qui relie la bouche à la conduite d’eau est accessible très rapidement en cas d’alerte. À l’inverse, dans le cas des poteaux, une tranchée est nécessaire pour accéder à l’ensemble des organes qui relient le poteau au réseau. »

Au final, le Syndicat des eaux d’Île-de-France (Sedif) et la régie autonome Eau de Paris ont tenté de contenir le phénomène avec des stratégies différentes. « Pour l’année 2017, nous estimons que nous avons eu entre 1 400 et 1 500 points d’eau incendie ouverts (PEI), souligne Sébastien Fayon, responsable du service gestion du patrimoine – schémas directeurs du Sedif. Les années suivantes, nous avons oscillé entre 375 à 450 PEI vandalisés, soit environ 200 000 m3 d’eau perdus par an. »

Pour réduire les pertes, le syndicat a lancé deux types d’actions. La première passe par la sensibilisation des communes adhérentes. Lorsqu’un épisode caniculaire est annoncé, le Sedif diffuse une circulaire indiquant les procédures possibles pour les collectivités. « Nous rappelons que nous mettons à leur disposition du matériel s’ils veulent fermer les points d’eau incendie, ou que nous pouvons également verrouiller temporairement les branchements associés à ces bornes, précise Sébastien Fayon. Les équipements sont déclarés inutilisables le temps de leur fermeture aux services de secours. Puis, à la fin de l’épisode caniculaire, nous les rouvrons et les déclarons à nouveau actifs. » Des campagnes de communication à destination du grand public ont également été développées avec l’entreprise délégataire Veolia. Elles mettent en lumière les risques, corporels ou pour l’approvisionnement, que présente le street pooling.

Des limiteurs de débit pour réduire l’attrait et la dangerosité

Le Sedif a également lancé le second volet de son action : le financement et l’installation de limiteurs de débit sur les points d’eau incendie identifiés comme risqués par la commune. « Nous mettons en place les deux options : chaque année, des communes nous renvoient quasiment la même liste de poteaux pour fermetures provisoires et d’autres se sont lancées dans l’installation de limiteurs de débit, observe Sébastien Fayon. Toutefois, nous n’avons pas eu le volume escompté. Nous visions l’équipement de plusieurs centaines de PEI. Or, une grande majorité des 135 communes adhérentes ne nous a pas répondu, assurant peut-être déjà ces actions par elles-mêmes. » Finalement, entre 2019 et 2021, 36 limiteurs ont été installés dans onze communes.

 

Ces ouvertures montrent surtout une réaction à la chaleur
 

Sandrine Lemaire, Eau de Paris

 

« Nous ne disposons pas encore du recul sur les résultats chiffrés de ces opérations, pointe Sébastien Fayon. Nous avons eu des tentatives d’ouverture de poteaux déjà ciblés les années précédentes, mais le geyser plafonne à un mètre, au lieu des 8 ou 9 sans le limiteur de débit, réduit l’intérêt et, année après année, les poteaux équipés ne sont pas rouverts. » Le Sedif envisage à l’avenir de proposer des dispositifs de brumisateurs et des fontaines aux collectivités adhérentes, mais également d’un nouveau type de limiteur débrayable.

Un double système d’inviolabilité et de rafraîchissement

Eau de Paris, aiguillée par la Ville de Paris, propriétaire des bouches incendie, a choisi de doter ses équipements à la fois de dispositifs d’inviolabilité et de solutions de rafraîchissement. « Notre première action a été de sécuriser les bouches frappées par le street pooling, décrit Sandrine Lemaire, responsable adjointe service défense extérieure contre l’incendie et fontaines chez Eau de Paris. Ces ouvertures montrent surtout une réaction à la chaleur. Les populations ont un réel besoin de se rafraîchir : nous avons donc opté pour la mise en place sur ces mêmes bouches de « fontaines totem ». Nous doublons ainsi la sécurité. » Une trentaine de fontaines et de dispositifs d’inviolabilité ont été mis en place en 2021.

Ces dispositifs ont été pensés avec les pompiers de Paris. Une des contraintes était un démontage en moins de trois minutes en cas d’incendie. Celles-ci ont ensuite été installées par un prestataire. « Les premières fontaines disposaient juste de quatre robinets pour que les gens puissent boire et remplir des gourdes, explique Sandrine Lemaire. Petit à petit, nous migrons vers des installations dotées également de systèmes d’aspersion. Nous n’avons pas choisi la brumisation à cause des risques sanitaires liés à la légionnelle. »

Si le nombre d’ouvertures semble en baisse, la responsable adjointe reste prudente. « Nous pouvons espérer que l’opération est un succès car nous relevons moins de phénomènes de street pooling, constate-t-elle. Mais certains événements, comme la Coupe du monde en 2018 et un été moins chaud en 2021, pourraient perturber nos conclusions. »

Article publié le 31 janvier 2022



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