l’Ademe crit quatre rcits possibles pour la France d’ici 2050


Aprs ngaWatt et RTE, c’est au tour de l’Agence de la transition cologique d’offrir sa vision de la France en 2050. Dcline en quatre scnarios, plus ou moins sobres, elle ne s’arrte pas seulement au mix nergtique.

La neutralit carbone n’est pas qu’un sujet nergtique, a insist Arnaud Leroy, prsident de l’Agence de la transition cologique (Ademe), ce mardi 30novembre, en prambule de la prsentation du rapport Transition(s) 2050 . C’est une erreur magistrale de ne s’arrter qu’ cela et, l’inverse, c’est l’atout de notre rapport face aux autres scnarios publis ce sujet. Tout autant attendu que les rapports de RTE ou de l’association ngaWatt sur le mix nergtique franais, l’tude de l’Ademe dlivre, son tour, une vision prospective pour atteindre la neutralit carbone en France d’ici 2050.

Dcline en quatre scnarios ou rcits, plus ou moins sobres, cette analyse se place nanmoins en complmentarit avec les travaux prcdents, se focalisant davantage sur le sujet de la transition socitale que simplement nergtique. L’Ademe prvoit toutefois d’aborder la question du mix lectrique, dans un rapport additionnel paratre fin janvier 2022, ainsi que l’impact macro-conomique de chaque scnario labor dont les rsultats prliminaires sont plutt positifs, affirme Arnaud Leroy d’ici fin mars 2022. En outre, une analyse tendue en dehors des limites de la France mtropolitaine sera aussi propose dans un second temps.

Penser le futur de la socit

Durant ses deux annes de travaux, l’Ademe et ses collaborateurs se sont bass sur le rapport du Giec de 2018, tablissant plusieurs tendances possibles de l’augmentation de la temprature mondiale, ainsi que sur les objectifs fixs par la loi nergie-climat et la Stratgie nationale bas carbone (SNBC). S’appuyant sur ce cadre d’analyse, ils en ont tir quatre scnarios possibles (S1 S4) mettre en scne par la socit franaise dans moins de trente ans.

Parmi les points qu’ont en commun chaque rcit, chacun rduit, avec plus ou moins d’efforts, les missions rsiduelles de gaz effet de serre: d’un facteur six ou sept, par rapport aujourd’hui, dans les trois premiers, et d’un facteur quatre, dans le quatrime. Ce dernier ne s’avre nanmoins pas compatible avec la SNBC, quelques annes prs, tandis que seuls les deux premiers scnarios (S1 et S2) russissent remplir l’objectif de rduction nouvellement impos par le paquet europen Fit-for-55  d’ici 2030.

La consommation nergtique oscille entre une baisse de 25 55% selon les scnarios avec, notamment, une chute de 70% dans le secteur des transports dans le scnario S1. Par ailleurs, quel que soit le type d’nergies produites (lectricit, chaleur, gaz, etc.), l’Ademe compte sur 70 88% d’nergies renouvelables dans le mix nergtique2050. Pour cela, elle envisage notamment une augmentation de 30 40% de la production de bois-nergie, par rapport 2015, ainsi qu’une hausse de 80% de la part de gaz dcarbon ( mettre en perspective avec une rduction d’un facteur trois de la consommation de gaz naturel).

O positionner le curseur de la sobrit?

Le premier scnario, intitul gnration frugale (ou S1), est le plus sobre de tous. La sobrit heurte le mode de pense dominant du consumrisme, taye l’Ademe dans son rapport. Ce qui semble une privation pour une gnration ou un individu peut au contraire apparatre comme une vidence pour un autre. Il faut trouver un consensus social et modifier les imaginaires. Le niveau de sobrit de ce S1 se traduit par une rduction de 55% de la consommation nergtique finale mesure en 2015, l’anne symbolique de l’Accord de Paris. Cela reprsente une division par deux par rapport au niveau actuel: 790trawattheures par an (TWh/an) contre environ 1600TWh/an.

 

Il faut trouver un consensus social et modifier les imaginaires
 

 

Pour y parvenir, l’Ademe prconise notamment de diviser par trois la consommation de viande, d’effectuer la moiti des trajets vlo ou pied, mais galement de rnover 80% du parc immobilier en btiments basse consommation (BBC) enune tape. Cette modification drastique des modes de vie passe aussi par une mobilisation importante des puits naturels de carbone, comme les forts. En 2050, la France serait ainsi capable de raliser un bilan carbone ngatif, de – 42millions de tonnes d’quivalent CO2 par an (MtCO2eq/an) contre 401 MtCO2eq/an en 2015.

Peu loign du S1, le scnario cooprations territoriales (S2) attnue lgrement cette transformation. La population franaise consomme moins de viande (mais suivant une division par deux) et habite autant de logements rnovs (mais selon une mobilisation individuelle, par gestes ). Les villes moyennes sont prfres aux grandes agglomrations et deviennent des villes du quart d’heure, domines par les transports en commun. Du fait de cette plus grande insistance sur les circuits de proximit, le transport de marchandises observe une diminution de 35% de la tonne-kilomtre. De plus, conjugu un effort de rindustrialisation dans les territoires, le S2 compte sur un recyclage des matires (acier, aluminium, plastique, carton, etc.) hauteur de 80%.

La consommation nergtique finale s’en trouve peine plus leve: 833TWh/an. Quant au bilan carbone, la France resterait dans le ngatif avec – 28 MtCO2eq/an, notamment grce l’quipement en captage du carbone de quelques usines trs mettrices (comme les cimenteries).

La technologie comme planche de salut?

Le scnario S3, ou technologies vertes, table sur une optimisation des performances dans tous les secteurs sans modifier radicalement les comportements. La filire agricole, notamment, exploite davantage la biomasse, mobilisant des cultures nergtiques pour la mthanisation ou la production de biocarburants au dtriment des puits de carbone forestiers. Par consquent, une plus grande part du secteur industriel s’quipe en technologies de captage du carbone mme des units moyennes de bioraffinerie, par exemple ou fait appel de l’hydrogne dcarbon en grande partie import頻. Pour tre rnoves, les grandes villes sont dconstruites puis reconstruites la manire haussmannienne.

L’lectrification du parc automobile finit par augmenter le transport par personne de 13% en kilomtres parcourus, par rapport 2015. Malgr tout, les carburants fossiles comptent encore pour 10% dans ce secteur. Et la socit s’appuyant majoritairement sur le numrique, la demande nergtique des centres de donnes dcuple par rapport celle value en 2020. En somme, selon ce S3, la consommation nergtique finale atteint 1074TWh/an et le bilan carbone – 9MtCO2eq/an.

Rparer pour moins changer

Enfin, le scnario S4, nomm pari rparateur, reste celui qui se rapproche le plus de ce que l’Ademe qualifie de scnario tendanciel : savoir, la version de l’histoire dans laquelle la socit franaise n’oprerait aucun changement majeur jusqu’en 2050. En d’autres termes, ce scnario tmoin nous enverrait dans le mur, selon Valrie Quiniou, directrice excutive prospective et recherche de l’Ademe. Il serait responsable de l’mission de 130MtCO2eq/an en 2050 et serait donc loin d’atteindre la neutralit carbone. Le bilan carbone du S4, lui, s’en approche mais avec un certain retard: + 1MtCO2eq/an.

Le S4 mise en effet davantage sur des technologies de captage du carbone. Grce aux techniques de bionergie avec captage et stockage du carbone (BECCS), la France serait ainsi capable de rduire ses missions de gaz effet de serre de 29MtCO2eq/an. En parallle, l’utilisation de moyens de captage du carbone directement dans l’atmosphre (DACCS) parviendrait viter l’mission de 27MtCO2eq/an supplmentaires.

   

La quantit de gaz effet de serre mis par la France en 2050 selon les quatre scnarios S1 S4, le scnario  tmoin  (TEND) et en 2015.
© Ademe

 

   

Nanmoins, ces technologies reprsenteraient non seulement 6% de la consommation d’lectricit mais restent, encore aujourd’hui, trs immatures. La mise en place de telles technologies n’interviendra qu’ partir de 2040, souligne David Marshal, directeur excutif adjoint de l’expertise et des programmes de l’Ademe. Cela signifie qu’entre 2020 et 2050, la France continuerait d’mettre jusqu’ deux milliards de tonnes de CO2 et reculerait de cinq ans l’objectif de neutralit carbone.

Une telle ventualit traduite par la consommation de 1360TWh/an est alimente par une exploitation des fins seulement nergtiques des trois quarts de la biomasse non alimentaire ou encore un usage renforc de la domotique, au dtriment de la rnovation, pour optimiser la demande nergtique des btiments. Le numrique optimise, en outre, le parc automobile connect, lequel est responsable d’une augmentation de 28% des distances parcourues. En contrepartie, l’industrie s’aide trs fortement du recyclage des matriaux et des technologies de captage du carbone.

Question de socit, choix de socit

Il faut choisir sans attendre, en conclut Valrie Quiniou. La France doit rester l’avant-garde en matire de climat. Par cet exercice, nous souhaitons prendre notre part de responsabilits et permettre d’autres pays en voie de dveloppement un sursis pour se mettre sur la bonne trajectoire climatique.. Mais pour prendre cette responsabilit, il faut d’abord qu’elle puisse faire consensus au sein de la socit franaise. Pour cela, le prsident de l’Ademe compte sur l’intgration de ces travaux dans les dbats dmocratiques venir. La dcennie 2020-2030 est cruciale pour nous mettre sur les rails de la neutralit carbone, insiste Arnaud Leroy. Pour cela, une forte mobilisation financire doit dj tre mise en œuvre, au moins dans le quinquennat qui va s’ouvrir. Plus on tardera, plus cela sera cher, c’est de la thorie conomique qu’il faut rappeler nos citoyens.








Article publi le 30 novembre 2021



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