La stratgie du bassin Adour-Garonne pour scuriser l’accs l’eau l’horizon 2050


Adour-Garonne est confront un dfi d’quilibrage entre l’offre et la demande en eau dans un contexte de changement climatique. Sa stratgie pour rduire le dficit passera notamment par une plus grande mobilisation des barrages hydrolectriques.

Le bassin Adour-Garonne devrait compter parmi les plus exposs au changement climatique. Nous devons faire face un dficit de 250millions de mtres cubes aujourd’hui dans les rivires en tiage, pointe Aude Witten, directrice charge du programme de l’agence de l’eau Adour-Garonne. Avec le changement climatique, celui-ci sera multipli par plus de cinq l’horizon 2050 pour atteindre 1,2 milliard de mtres cubes.

Pour scuriser l’accs l’eau pour l’ensemble des usages, le comit de bassin Adour-Garonne a valid une stratgie en quatre axes qui vise rduire le dficit. Il a galement mandat les tablissements publics territoriaux de bassin (EPTB) de six territoires pour qu’ils pensent et appliquent localement le panel de solutions identifies dans la stratgie. Dans cette optique, ils devront laborer des plans oprationnels d’investissement territorialiss d’ici mars 2022.

Et le programme de travail s’avre dense. Le premier levier de la stratgie est l’acquisition de connaissances pour piloter plus finement la gestion de l’eau: valuation des ressources existantes et identification des outils techniques, juridiques et financiers pour les mobiliser. La stratgie compte galement adapter l’assolement des cultures en s’appuyant sur leurs besoins en eau et la scheresse du sol, mais galement utiliser du matriel qui permette des conomies d’eau.

60 millions de mtres cubes mobilisables avec la Reut

 

L’agence de l’eau Adour-Garonne accompagne les projets de Reut
L’agence de l’eau Adour-Garonne a lanc un appel projets pour favoriser les projets de rutilisation des eaux uses traites (Reut). Dot de 8 millions d’euros, il est ouvert jusqu’au 30 mars 2022. Les projets candidats devront rpondre un objectif de rduction de la pression sur la ressource et/ou d’amlioration de la qualit des rejets dans le milieu. Les oprations seront localises en Rgion Occitanie, Rgion Nouvelle Aquitaine ou dans le bassin Adour-Garonne.

 

Le second axe de la stratgie passe par la sollicitation d’autres types de ressources, comme la rutilisation des eaux uses traites (Reut) ou des eaux pluviales. L’agence de l’eau a d’ailleurs amorc le mouvement, en septembre, en lanant un appel projets pour favoriser l’mergence de ce type de projets. Nous estimons que si nous utilisons 10% des eaux uses sur le bassin, nous pourrions mobiliser un volume de 60millions de mtres cubes , a indiqu Lucile Gremy, directrice des aides de l’agence de l’eau Adour-Garonne, lors du Forum eau et agriculture du Grand Sud-ouest, le 18 novembre.

Autres pistes retenues: la mobilisation des gravires, l’optimisation de la gestion des canaux (notamment le canal latral de la Garonne ou celuide Saint-Martory), le recours des retenues inutilises, la recharge de nappes souterraines avant l’tiage ou encore la restauration de zones humides. Nous estimons que la restauration et la gestion de 3000 hectares de zones humides peut permettre de disposer d’un rservoir 30millions de mtres cubes, illustre Lucile Gremy.

 

Nous estimons que si nous utilisons 10 % des eaux uses sur le bassin, nous pourrions mobiliser un volume de 60 millions de mtres cubes
 

Lucile Gremy, directrice des aides de l’agence de l’eau Adour-Garonne

 

Le troisime pan de la stratgie passe par la mise en œuvre de projets de territoires pour la gestion de l’eau (PTGE). travers cet outil seront mobilises des actions comme la cration de retenues ou la scurisation du remplissage des ouvrages, l’utilisation de solutions fondes sur la nature ou encore l’agrocologie, en s’appuyant sur les rsultats de l’tude Bag’age.

Concernant l’volution des pratiques agricoles, le comit de bassin a lanc, lors du Forum eau et agriculture, une invitation se mobiliser aux acteurs du territoire. La filire a ainsi jusqu’ mars prochain pour rflchir sur la base des ateliers du forum et laborer un pacte d’engagement pour une transition agrocologique sur le Grand Sud-Ouest pour 2022 2027. Un appel manifestation d’intrt sera lanc dans cette optique, le 1er dcembre. Le pacte devrait ensuite tre sign lors du comit de bassin de mars 2022.

Finalement, pour les PTGE, l’objectif serait de couvrir les deux tiers du territoire par ces dmarches d’ici 2024. Sur notre territoire, des PTGE sont en cours, d’autres doivent merger. Nous donnons une direction pour la mise en mouvement des acteurs, pour porter plus loin ces dmarches territoriales. Nous responsabilisons les collectivits organises en EPTB en leur donnant une lgitimit et un mandat , explique Aude Witten.

Mobiliser davantage les retenues hydrolectriques

Enfin, le dernier levier jouera sur la mobilisation accrue des retenues hydrolectriques. Sur cette question, Adour-Garonne s’affiche un territoire pilote. Les ministres de la Transition cologique et de l’Agriculture ont, en effet, charg le CGEDD et le CGAAER de faire un tat des lieux et de dterminer les conditions d’une plus grande sollicitation des barrages pour un soutien d’tiage sur le bassin.

Le rapport en rsultant, dit Le Coz, formule sept recommandations pour mener bien cette option sans fragiliser la production d’lectricit. Car le bassin joue un rle important dans la flexibilit du parc lectrique franais.

Nous n’avons rejet aucune recommandation, indique Aude Witten. Le rapport LeCoz a confirm une intuition, que nous avions en Adour-Garonne, de la possibilit de faire plus que les accords actuels que nous avons avec EDF ou d’autres oprateurs pour du soutien d’tiage .

Dans le cadre des contrats de concessions actuels, le prlvement envisageable correspondrait environ 20% de la capacit utile pour le soutien d’tiage. Au lieu de financer annuellement des volumes que nous ngocions un rythme assez frquent avec les oprateurs d’hydrolectricit, nous pourrions construire une logique de plus long terme sur des dures de vingt trente ans , note Aude Witten.

Pour certains territoires comme la Gascogne, l’axe Garonne, l’Arige et le Tarn-Aveyron, la tension sur la ressource devrait tre particulirement aigu. Le rapport propose donc d’aller plus loin et de porter le prlvement jusqu’ 30% de la capacit utile annuelle pour certains ouvrages. Dans le cadre juridique actuel, une modification du cahier des charges conduisant un prlvement d’eau, mme infrieur 20% de la capacit utile d’une retenue, pourrait tre considre comme devant conduire un nouvel appel d’offres , souligne toutefois le rapport Le Coz.

En parallle, la mission recommande galement d’effectuer des pompes de relevage qui fourniraient 10millions de mtres cubes (Mm3) supplmentaires dans les Pyrnes, mais aussi pour le Viaur et l’Aveyron. Ces projets de pompes de relevage pour des ouvrages entirement consacrs au soutien d’tiage avaient t rflchis par EDF il y a quelques annes, explique Aude Witten. l’poque, ils ne prsentaient pas de rentabilit. Mais aujourd’hui, avec une qute de chaque mtre cube, la question se repose.  terme, les volumes mobiliss sur l’ensemble du bassin pourraient atteindre 320Mm3.

Pour maintenir la flexibilit lectrique du parc, la mission appelle mettre en œuvre de nouvelles stations de transfert d’nergie par pompage (Step) et mener un bilan nergtique l’chelle du bassin. Le schma envisag conduit une indisponibilit partielle d’une puissance de 300 500MW: la gestion hydraulique des retenues de l’Arige, d’une puissance de 540MWe, sera fortement contrainte certaines annes, pointe la mission. La mise en place de stations de transfert d’nergie par pompage supplmentaires sur le bassin s’avre ncessaire. 

Adapter le modle conomique de la gestion de l’eau

L’ensemble de ces pistes implique de modifier le modle conomique de gestion de l’eau. Il importe que l’agence de l’eau se dgage du financement des actuelles conventions avec EDF pour recentrer son action sur le financement de nouveaux ouvrages multiusages permettant de disposer d’une plus grande quantit d’eau l’tiage, propose la mission. De ce fait, la couverture des cots de gestion de l’eau, soit par les usagers prleveurs, soit par le contribuable local lorsqu’il s’agit de compenser la baisse des dbits naturels, devrait permettre de mettre en place un nouveau modle conomique de la gestion de l’eau dans lequel l’agence de l’eau, en liaison avec les collectivits, ne devrait plus intervenir que pour des dpenses d’investissements, soit de faon principale lorsqu’il s’agit d’un ouvrage destin essentiellement au soutien d’tiage, soit de manire partage avec le concessionnaire lorsque l’investissement ralis permettra de produire plus la pointe en compensation d’un soutien plus important du dbit l’tiage, indique la mission.

Par ailleurs, cette dernire estime que, dans les territoires pyrnens, quelle que soit la mobilisation des retenues hydrolectriques, les dbits d’objectifs d’tiage (DOE) ne pourront pas tre maintenus. Sur ces territoires, et de faon plus large sur les plans national et europen, elle recommande d’engager des concertations pour dfinir l’volution souhaitable des dbits d’objectifs d’tiage dans le cadre de la baisse prvisible des dbits des cours d’eau. Le bon tat des eaux de surface, demand par la directive-cadre sur l’eau, et donc les DOE, ne sont pas faciles caractriser, estime la mission. Ils doivent tre conus dans une vision dynamique de la rivire et de ses cosystmes. 

Aprs la prsentation par les EPTB de leurs plans au comit de bassin, une phase d’instruction devrait dbuter, avec un objectif de premire dclinaison des actions sur le terrain l’t prochain.




















Article publi le 25 novembre 2021



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